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 Il était une fois, au Devil's Bottle

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Loup-Garou
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MessageSujet: Il était une fois, au Devil's Bottle   Lun 9 Oct - 12:59


Entre eux, les habitués du Devil's Bottle ont un petit jeu. Ils aiment parier sur la fin de soirée des gens qui entrent dans l'établissement et sans être doués du don de voyance, ces gaillards sont capables de savoir qui allait ou non passer une nuit mémorable.
Ce soir, ils pariaient sur un groupe de petits nouveaux dans le coin. Des jeunes plutôt en forme, pas trop usés par la vie. Pas riches, mais pas pauvres non plus. Clairement pas des gens de Whitechapel.
Ils ont typiquement le comportement de ceux qui viennent ici pour la première fois et qui ont vaguement entendu parler de l'ambiance d'ici. En partie du moins. C'est évident que ces crétins-là sont venus pour se donner l'impression d'être des terreurs qui fréquentent un établissement de ce genre.

Ils sont malins pour commencer, évitant de trop insister quand ils croisent des regards. Ils optent pour baisser les yeux et fixer la pointe de leurs godasses quand un coup d'oeil se fait trop insistant et finissent par se trouver une table libre dans un coin. Les pauvres ne sont pas vraiment en confiance. Il faut dire qu'avec les drôles d'oiseaux qu'on croise ici, ça n'a rien d'étonnant.
Une première tournée de bière les rend un peu plus bavards. Ils s'amusent entre eux, ricanent. Et plus les verres s'enchaînent et plus leur niveau sonore augmente pour se caler à la même hauteur que les rires, les chants et les débats houleux des clients qui grouillent ici.

Avec l'ivresse naissante arrive alors la petite pointe d'assurance en trop. Celle qui les amène à monter leur niveau sonore et à le calquer sur la hauteur actuelle.

C'est littéralement là que les vieux de la vieille commencent à réellement miser. Parce que la suite dépend clairement du comportement des petits nouveaux et d'une notion hasardeuse et karmique basée sur des questions simples.
Est-ce qu'un de ces crétins aura l'idée prodigieusement ingénieuse d'aller tenter un plan drague sur la Volpe ? Est-ce que la serveuse qui s'occupe d'eux aura suffisamment besoin de pourboires pour éviter de faire un esclandre à la première main aux fesses ? Ou tout simplement : est-ce que Davan sera celle en charge du service.

Et c'est le cas ce soir.

À la table des vieux briscards, on balance comme pendant une partie de poker, quelques penny sur la table et on grommèle des délais plus ou moins courts avant que les choses se gâtent pour ces perdreaux qui ont cherché à voler un peu trop loin du nid.
Davan est neutre. En général ça limite les problèmes. Quand elle est trop avenante, on se fait des idées. C'est plus ou moins logique. Dans les coins malfamés de la ville, les gens ont toujours besoin d'oseille. Et les serveuses qui bossent ici doivent parfois mettre leur dignité de côté. Faire un sourire à des porcs. Accepter une blague salace sans broncher, ou tolérer une main au fesse pour un pourboire.

Aedan a toujours été conscient de ça. Il aurait aimé pouvoir les payer plus cher, mais les taxes et les besoins divers et variés obligent à faire sans. Alors il tolère à condition que les filles savent assumer. C'est triste. Mais c'est tout ce qu'il peut faire. Fermer un peu les yeux, mais rester prêt au cas où une des employées refusent un geste et qu'un client la force. Tout est question de tolérance et d'abus ou non ici. Quand un salopard ne s'arrête pas quand on lui dit non, alors Poing d'Acier lui donne un cours particulier sur la compréhension des négations. C'est comme ça que ça marche.

Il n'y a que pour sa fille que les choses diffèrent. Il n'y a pas d'histoire de tolérance, de pourboire ou quoi que ce soit quand ça la concerne. D'où l'air neutre de la rouquine quand elle vient prendre note d'une énième commande. Elle reste assez loin pour éviter les mains. N'est pas assez engageante pour attirer les convoitises. C'est comme ça qu'elle évite les colères de son père. Parce qu'elle est gentille, Davan. Et que quand elle voit des pauvres gars finir avec la gueule cassée et des dents en moins, ça lui fait un petit quelque chose quand même. La gueule en vrac pour quelques paroles mal venues, c'est une addition un peu salée. La violence, c'est pas son truc. On dit que les chiens ne font pas des chats, mais au niveau des pralines dans la trogne, elle est l'exact opposée de son vieux.

Derrière son comptoir, le géant s'attarde à discuter avec les quelques piliers accoudés devant lui. Les petites phrases habituelles. Les « Tu l'as dis » qui appuient les complaintes d'un vieil ouvrier rincé par ses conditions de vie déplorables. Quelques rires pas vraiment francs pour répondre aux blagues qu'il entend dit fois par jour. Ce soir pourtant, la conviction est moindre. Il est soucieux, Aedan. Trois nuits plus tôt encore, il était dans les souterrains quand quelque chose était arrivé.
Quoi ? Il n'en savait rien. Une absence achevée par un réveil misérable sur les berges dans la boue et la crasses immondes d'une sortie d'égout. S'il en a parlé à quelqu'un ? Sûrement pas. Le Cerbère lui a dit qu'il ne fallait pas jouer avec le sang des monstres. Mais à trop vouloir être curieux,et à un peu trop oublier qu'il n'a rien d'un chasseur, Poings d'Acier a fait une erreur et il est aujourd'hui persuadé de commencer à dérailler.


- Hé toi là. Tu la payes pas la vaisselle que j'sache? Alors t'y va doucement avec mes pintes sinon je fais la même chose avec ta tronche contre cette poutre.

Soucieux ou pas, le patron veille au grain. Et c'est l'un de nouveaux clients qui vient de se prendre sa ronflée, d'ailleurs.  Sans surprise, il ne rétorque pas. Pas tout de suite du moins. C'est évident qu'il tentera de se refaire une crédibilité auprès de ses potes en grommelant une saloperie dans sa barbe. C'est lâche. Mais c'est intelligent. Quand on est taillé comme un porte manteau pour nabot, on évite le conflit quand on a un peu de bon sens.

- Surveille la boutique Buck, j'ai des tonneaux à aller cherche.

Buck est un habitué. Un type rondouillard toujours planté sur sa chaise à bouquiner et à boire à la fois. Un gars en or, mais avec une vie tellement pitoyable et triste que les toubibs devraient prescrire des entretiens avec ce gars-là aux patients tristes plutôt que leurs gouttes d'opium.
Le géant tourne donc les talons, et disparaît par la trappe derrière son comptoir pour aller vers les caves. Comme convenu...


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