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 Un peu d'enfer

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Le Cerbère
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MessageSujet: Un peu d'enfer   Dim 17 Sep - 14:48

Quand la porte du Devil's Bottle s'ouvre, tous les regards se tournent naturellement vers l'entrée, en deux étapes. D'abord, on scrute la forme sombre qui se trouve là : Connor. Grand, couvert de son long manteau de cuir, le visage caché sous l'ombre d'un chapeau rapiécé. Le second regard s'attardera alors sur la petite chose trempée jusqu'aux os qui l'accompagne. Haute comme trois pommes. Quelques queunnotes déjà manquantes qui claquent à cause du froids et des grands yeux d'un bleu clair incroyable. La gamine n'a pas l'air d'avoir peur des drôles d'oiseaux qui se trouvent à l'intérieur du troquet. Elle observe les gens à tour de rôle, et semble davantage intéressée par l'idée de fuir l'averse violente qui s'abat sur Londres que par les infréquentables qui s'entassent ici quand la nuit tombe.

Le Cerbère se contente de faire quelques pas, ses lourdes bottes battant le plancher tandis qu'il s'approche d'une table à laquelle se trouvait une seule et unique personne. Une chevelure de feu à peine cachée sous un chapeau, des yeux perçants. La Volpe profitait d'une choppe, les pieds sur le table et s'amusant à abattre à toute allure la pointe d'un poignard entre chacune des phalanges de son autre main à une vitesse qui dépassait l'entendement.
Sans un mot, Connor se contente de lâcher sur la table ce qu'un profane pourrait prendre pour des osselets. Ceux-là sont étrangement pointus toutefois. Encore sanguinolents.

« Combien ? » feule la renarde qui n'avait pas envie de compter les pairs de crocs d'Ekimes qui se trouvaient sur la table.

« Quatre depuis le début de la semaine. Un lundi. Un autre mardi. Deux ce soir. Les autres ont fui. »

Elle arque un sourcil.

« Cher payé pour deux striges. »

Le sourire de la Chasseresse s'étend, et elle se contente de baisser les yeux pour fixer les pieds du Cerbère et surtout... s'attarder sur les gouttelettes de sang qui coule de l'intérieur de son manteau de cuir et qu'il sème depuis qu'il est entré. Elle aura remarqué son bras droit qui ne bouge pas autant que d'habitude et le balancier de ses épaules clairement restreint ainsi qu'un pas à la cadence plus surprenante.

« Morsures ? »

« Un petit coup de griffes. Il se passe quelque chose, dehors... les Ekimes sont beaucoup plus craintifs habituellement. » rétorque-t-il simplement en reprenant sa route vers le comptoir.

Poing d'Acier n'y est pas. Ça l'arrange. Connor sait qu'il aura envie d'avoir des informations, et le Chien des Enfers n'a pas envie d'en donner. En réalité, il ne tient sur ses jambes que grâce à l'aide d'une fierté mal placée typiquement galloise ainsi que l'ingestion d'une décoction à base de sang de Loup Garou. Sans ça, il agoniserait en état de choc dans un caniveau.
Le Cerbère a une réputation à tenir. Un standing à respecter. Il doit tenir.

Plutôt qu'Aedan, c'est le visage plus agréable de Davan qui se présente devant lui. Elle blêmit quand malgré l'ombre du chapeau, elle croise les iris orangés, typiquement canins du chasseur. Consommer du sang de monstre laisse des traces qui disparaissent avec le temps. Mais ça reste visible.

« Elle est ici ? » grogne simplement le Cerbère qui obtient une brève secousse de la tête en guise de réponse. D'un claquement de doigt, il appelle à lui la petite Leonore, fasciné par le jeu de La Volpe jusqu'ici. La gamine s'empresse de répondre, à la manière d'un chien bien dressé. « Occupe toi d'elle, tu veux ? Et ne la gâte pas trop. »
Il dépose sur le comptoir un pécule généreux. De quoi se payer quelques beaux jours ici. Il paye ici pour la gamine. Pour la chambre et pour le silence... ainsi que pour la bouteille de gnôle qu'il attrape lui même avec un regard entendu. Davan n'a pas le temps d'ajouter quoi que ce soit d'autre. Elle est, de toute manière, bien trop occupée à observer les pièces données par le chasseur, couvertes de sang.

C'est d'un pas leste que le Chien des Enfers passe à l'étage. Plus que quelques pas. Plus que quelques pas.

L'effort a l'air minime, mais il ne l'est pas. Quand il passe la porte de la chambre, il manque de s'écrouler, ne devant le salut de son équilibre qu'à une main chanceuse qu'il parvint à tendre pour s'appuyer sur une poutre saillante. Le mur, lui, se voit décoré d'une belle trace sanguinolente marquant le trajet de la paume du chasseur à présent adossé au bois de la porte. Il plie les jambes, et se laisse lentement glisser jusqu'au sol jusqu'à finir assis après avoir retiré son couvre-chef, et baisser le foulard rouge  noué devant son visage pour le dégager.

« Sale temps, hein ? »

Les dents serrées il daigne s'agiter encore un peu, pour sortir un bras de sa manche, et retirer pour de bon le manteau. S'il est épais et utile dans la plupart des cas, le cuir aura cette fois montré ses limites.
Dessous, les quelques couches de tissus ne tenaient vaguement en place que grâce à l'humidité de la pluie et l'abondance de sang. Une première plaie  s'étendait au niveau de son épaule, composée de quatre trous assez profonds et de deux autres, plus petits au niveau de la gorge. Quatre trous de griffes. Deux coups de crocs. Le plus grave restait la seconde plaie, bien plus étendue. Partant du haut de son abdomen et traçant une série de sillons informes jusqu'à sa taille. Refaire le schéma de ce qui s'était passé n'était pas bien difficile. Le Vargheist s'était simplement jeté sur lui. Le hasard lui avait permis de réussir à passer une main au niveau de sa clavicule, sous le col de manteau afin de se faire une prise et tandis qu'il avait cherché à mordre, le monstre s'était contenté de labourer la chair du chasseur à l'aide de ses membres postérieurs. Connor s'en tirait bien, pour être honnête. Sans les ceintures et lanières de cuir qu'il portait pour tenir son attirail, les griffes auraient probablement suffi à l'éventrer.

« C'est trop profond pour guérir normalement. »

Passant l'une des sangles retenant tout un tas de lames, fioles et autre bizarrerie par-dessus son épaule, il agite devant lui une petit ampoule d'un liquide presque noir.

« D'ici quelques minutes... la décoction de Lycanthropie ne fonctionnera plus, et je ressentirais totalement la douleur. Je pense pas rester conscient. Il faudra que t'en profites pour me recoudre. Quand ce sera fait... il faudra que tu m'attaches solidement... et que tu me fasses avaler le contenu complet de cette ampoule de verre. C'est important que mes liens soient solides. Si je suis libre de mes mouvements... je te tuerai. »

Quelques gouttes de sang de vampire suffisent à accentuer grandement la rapidité et les réflexes. Une fiole complète fera clairement bien pire que ça. Connor partagera momentanément certains dons des buveurs de sang. Force, vitesse, endurance... capacité de guérison au-delà de l'imaginable. Accessoirement, il se verra aussi subir les mêmes déconvenues que ces monstres : une envie de sang totalement ingérable.  

« Et si ça finit mal, va voir la Volpe, elle se chargera du reste. »


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Le Dahlia
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Lun 18 Sep - 18:18

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Un peu d'Enfer



Du bout des lèvres, Evie souffla, doucement. La chaleur de sa respiration, au contact du froid de la vitre de sa chambre, se condensa immédiatement, devenant buée. Pendant quelques secondes, le noisette de son iris analysa ce qu’il percevait… Et puis, un peu absent, son index trouva cette ardoise improvisée sur laquelle il glissa, automatique, dessinant ce qui se voulu être un glyphe de protection. Il serait tout bonnement parfaitement inutile, ce qui était heureux car l’utilité n’était pas le but de la sorcière, qui s’était contentée de tracer sans réfléchir. Levant les yeux de son œuvre, son regard discerna péniblement, à travers le verre mal poli et inégal des vitres, les lueurs floues des réverbères. Ceux-ci, tels de braves sentinelles, tentaient vaille que vaille de dissiper les ténèbres dévorantes s’étant installées sur les rues londoniennes, mais leur tâche était plus que mal aisée. En effet, mission déjà rendue complexe en temps normal en raison du brouillard semblant ne jamais vouloir desserrer l’étreinte dont il cinglait la ville, le mauvais temps avait trouvé opportun de se joindre à la partie, déchaînant sur la capitale anglaise un orage dont il avait le secret. Nourris par l’eau de pluie, diluvienne, c’étaient de véritables ruisseaux qui s’écoulaient le long des carreaux du Devil’s Bottle, et Evelyn était bien contente de ne pas avoir à mettre un pied dehors.

S’arrachant à sa passive contemplation, elle pivota sur ses talons et, venant s’appuyer contre le mur, croisa les bras sous sa poitrine pour balayer la pièce du regard. Comparée à la chambre qui était la sienne, au sein du manoir familial, celle-ci était d’une taille et d’une pauvreté risible. Pas de baldaquins de velours, ni de lit en ébène. Pas de secrétaire en orme. Pas de tapisserie, pas de tapis, rien. Rien ? Tout. Un lit, toujours plus confortable qu’une paillasse, une table appuyée contre le mur pour écrire quand elle en avait le besoin, une armoire pour ranger ses affaires, une table, une vraie, un paravent derrière lequel elle pouvait se changer et procéder à ses ablutions… Summum du luxe, trahissant le fait que cette chambre était l’une des meilleures que pouvait proposer le Devil’s Bottle, une cheminée faisait l’œil au visiteur, sitôt la porte passée. Cela étant, et malgré l’instance de Davan, il était hors de question d’y faire flamber quoi que ce fut. Jamais.

En place et lieu, Evie rajusta le châle en laine épais qui ceignait ses épaules, suffisant à la tenir éloignée de l’humidité ambiante. Le reste de l’établissement étant chauffé via d’autres foyers, le poids de sa propre cheminée éteinte était négligeable, ailleurs que dans cette unique pièce. Il y avait fort à parier que le taulier, dans le cas contraire, ne l’aurait pas supporté. Il aimerait probablement qu’elle fasse usage de ce confort que lui permettait sa chambre, et plusieurs fois la sorcière avait failli en arriver là… Mais rien que craquer l’allumette avait suffi à faire trembler sa main, ainsi qu’à lui coller des sueurs froides… Elle avait renoncé. Ce souvenir traversant son esprit, les yeux d’Evie se fermèrent, trahissant la pénibilité ressentie de se revoir aussi cruellement manquer de courage, mais, refusant de se laisser aller à l’auto-apitoiement, elle chassa rapidement ces sombres pensées et se concentra plutôt sur ses différentes cultures. Heureusement qu’elle avait pour elle la magie des plantes, sans quoi il lui serait impossible de concilier des plantes dont les saisons, les terres, l’ensoleillement et les habitats étaient aussi différents, au même endroit.

Elle terminait d’extraire de la sève d’Aubépine, pratique extrêmement délicate quand, comme elle, on souhaitait préserver la plante sur laquelle on s’y adonnait, quand sa porte s’ouvrit, la faisant sursauter et donc manquer de briser la fragile fiole si patiemment obtenue. En dehors de la surprise, aucune émotion ne tordit les traits de la sorcière tandis que ses yeux se posait sur la haute stature de Connor, pas même une ébauche de sourire à sa boutade, la jeune femme étant encore indécise quant au comportement à adopter vis-à-vis du chasseur. Après tout, il ne lui avait jamais dit qu’il était chasseur, et l’avait laissée seule avec l’idée qu’il finirait, peut-être, par la tuer… Toutefois, en le voyant s’écrouler, elle pâlit visiblement. S’empressant de reposer sa fiole sur son bureau de fortune, elle se précipita auprès de l’homme fait, l’aidant de son mieux à défaire son attirail et retirer son manteau, ses yeux à l’affût des blessures lui valant cet état piteux…

Un aveugle les aurait vues. Béantes, sanguinolentes. Prêtes à faire rendre le contenu de son estomac à n’importe quelle âme sensible. Mais Evie n’était pas une âme sensible, ou plus. Du moins, pas dans ce sens-là. Dénuée de la moindre nausée, elle fronça plutôt les sourcils d’inquiétude, la compassion lui faisant mordre sa lèvre inférieure. Il doit souffrir le martyr… songea-t-elle, ne se fendant pour autant d’aucun commentaire oral. Blablater pour ne rien dire, porter à mal la fierté du chasseur… Très peu pour elle, ce qui était une bonne chose compte-tenu des instructions que s’empressa de lui donner Connor. Par automatisme, elle avait posé sa paume sur la plaie la plus indiquée et pressait en guise de garrot de fortune. Muette, elle écouta avec attention les directives, et récupéra précautionneusement la petite fiole au contenu peu ragoûtant. Le visage redevenu impassible, préférant ne pas penser à l’option « Volpe », elle hocha pourtant la tête en signe d’assentiment, assurant ainsi Connor qu’elle avait compris, et ferait ce qui devait être fait.

« Tu peux pas rester là, viens. » Glissant un bras sous les aisselles de l’homme blessé, elle le porta du mieux qu’elle put sur les quelques mètres qui les séparaient de son lit, et l’allongea. Le temps qu’elle mit à farfouiller dans l’une des quelques malles qui trompaient le vide de la pièce, le gallois s’était évanoui. Evie ne perdit pas un instant. Aiguille en main, elle se mit à l’œuvre et commença à recoudre le chasseur, en commençant par la plus imposante des balafres. Malgré le savoir-faire né de l’habitude, la sorcière étant loin d’en être à sa première suture, sa main tremblait un peu. Pour se détendre un peu, elle s’astreignit à respirer lentement, et avec profondeur. Ce fut relativement efficace. Au moins put-elle achever ses points de façon propre et nette, ce qui, pour couronner le tout, était de plus en plus malaisé en raison des pertes de sang, même si moindres de minutes en minutes, de Connor.

Abandonnant négligemment son fil et son aiguille sur son bureau, Evelyn s’accroupit ensuite pour retirer de sous son lit une lourde malle, qu’elle ouvrit d’un coup de pied. Le bois, car elle était en bois, craqua paresseusement tandis qu’un lourd nuage de poussière s’élevait. Elle n’attendit pas qu’elle retombe, cependant, et se mit à farfouiller frénétiquement. Tout au fond, parmi des outils divers et variés, elle finit par trouver ce qu’elle cherchait. Un dispositif de quarantaine. En tant qu’exploratrice de la Loge de Pandore, souvent uniquement rattachée à la santé des participants à l’expédition, elle se devait d’avoir ce genre de matériel… au cas où. Deux paires de chaînes, une ceinture et une barre en métal épais. Juste au cas où, elle prit également la muselière. S’il lui fallut tourner une fois ou deux les différents éléments pour être certaine du sens adéquat, elle ne tarda pas à harnacher Connor comme il le lui avait demandé. Elle lui lia les poignets et les chevilles entre eux, qu’elle entrava également à la barre de métal, accrochée entre les deux et tenue par l’épaisse ceinture au reste du chasseur. Facile, compte-tenu de son état… Ne demeurait que la muselière. Du bruit dans le couloir attira son attention. Au pas, elle reconnut Davan et se précipita vers la porte, qu’elle entrouvrit légèrement. « Davan, ça va être un peu agité ici… Ne laisse personne traîner dans le couloir et recommande à tous vos clients de bien verrouiller leur porte… » Si les instructions lui paraissaient diablement louches, les deux sorcières avaient cette relation privilégiée qui dissuada la rouquine de poser la moindre question. Elle hocha la tête en signe d’assentiment, et redescendit dans la salle principale. Evie, pour sa part, referma la porte, qu’elle verrouilla, et en revint à la muselière qu’elle avait en main.

Elle hésitait, la grille en main, se mordant l’intérieur de la joue. Elle n’aurait pas beaucoup de temps pour la lui mettre une fois qu’elle l’aurait fait avaler la fiole, selon elle… C’était risqué. Si elle rencontrait le moindre contre-temps… Son hésitation, bien que semblant durer des heures, ne fut de l’ordre que de quelques secondes. Après avoir déglutit pour se donner du courage, elle attrapa la fiole, qu’elle déboucha d’un geste du pouce, et fourra le goulot dans la bouche de Connor, dont elle pinça les joues et releva la tête pour éviter qu’il ne s’étrangle. Dès qu’elle fut vide, elle s’empara de la muselière, et la lui attacha le plus vite possible, s’asseyant pour la peine à califourchon sur lui, afin de ne pas perdre sa prise s’il devait se mettre à convulser. Qu’en savait-elle, elle, de ce que ça faisait, cette mixture ? Et de la rapidité à laquelle ça agit ? Quand la dernière sangle fut bouclée, ce fut comme si la sorcière était montée sur ressorts. Elle bondit hors de la portée du mourant et, ni une, ni deux, se changea en araignée, l’une de ses formes favorites. Quelques secondes à peine lui suffirent pour disparaître dans un coin sombre, et surveiller de ses huit yeux l’évolution du malade… Le cas échéant, elle avait déjà repéré le trou qui lui permettrait de se faufiler hors de la chambre sans avoir à repasser, humainement, par la porte et se précipiterait, comme Connor l’avait demandé, vers La Volpe. Un frisson secoua le corps menu de l’araignée, qui priait tous ses Dieux de ne pas en avoir à arriver là…





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Le Cerbère
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Mar 19 Sep - 14:04

Quand Evelyn entreprend de le porte, Connor déguste déjà. La simple idée d'avoir à se mettre sur ses jambes l'inquiète un peu. Il n'est absolument pas certain d'en être capable. Pourtant il le faut. Prostré au sol, il ne pourra pas être soigné. Et encore moins attaché. Il force sur ses jambes, et son teint passe au blème en une poignée de seconde. Comme si son sang préférait rester au niveau du sol plutôt que de continuer à irriguer le reste de son corps. Ses pas s'enchaînent tant bien que mal et c'est un miracle qu'ils ne s'écroulent pas tous les deux.
Trois pas plus tard, il est déjà trempé de sueur. Son teint blême tire vers des nuances bleues et vertes et il s'écroule sur le lit en même temps qu'il sombre dans les limbes de l'inconscience.
Comme il l'avait annoncé. Comme il l'avait espéré aussi, d'ailleurs. Pour rien au monde il n’aurait aimé être éveillé pendant qu'elle s'occuperait de ces plaies-là. Elles sont incroyablement profondes. Trop nombreuses aussi. Il est mieux dans les vapes. Là où il ne ressent rien, et où Evelyn a tout le temps de faire son œuvre sans qu'il ne hurle de douleur.

L'effet du contenu de l'ampoule n'est pas bien long. Une poignée de secondes suffisent. Progressivement, les vaisseaux sanguins de son visage apparaissent. Ceux de sa gorge, et du reste de son corps. Sa peau rendue pâle par l’hémorragie se transformant en une véritable carte des routes de la région.
Ses yeux ne tardent pas à s'ouvrir et son corps tend à s'arquer dans ce qui ressemble à une inspiration d'air excessivement douloureuse. Les yeux grands ouverts du chasseur sont presque dorés, reptiliens. Ses pupilles fendues s'attardent à fixer vaguement le plafond, avant qu'il ne tourne lentement la tête pour regarder autour de lui. Il n'a rien fait. Il n'a pas été brusque. Mais la manière de scruter les lieux donne le ton : Connor était momentanément animé par les pires instincts qui soient.

Il a envie de sang, et ce besoin est probablement la pire chose qui soit. Il a un besoin incroyable de contrôle et les liens l'empêchent d'en avoir. Et une frustration féroce s'est emparée de lui en quelques secondes à peine. Il a les nerfs. Il est privé de ce qu'il veut. Et surtout il a envie de tuer.
Le bilan positif reste ses plaies qui semblent de plus en plus rouges et de moins en moins sanguinolentes pourtant. Les chairs se ressoudaient à une vitesse stupéfiante. Pas encore aussi rapidement qu'un vampire qui pouvait voir des plaies béantes se refermer en quelques secondes à peine, mais le résultat demeurait incroyable...

« Evie ? »

Son regard glisse à droite, à gauche. Son ton ne laisse percer aucune animosité, mais son attitude suffit. C'est un fauve en cage, qui se retient de ne pas exploser de rage. Un animal qui feint la docilité et qui espère planter ses griffes dans le dos de la première personne qui lui laissera l'opportunité de tenter sa chance.

« Je crois que tu peux me détacher... ça ne me fait rien. »

Le mensonge est convaincant. Le ton calme, mesuré. On pourrait s'y laisser prendre, mais quelques secondes suffisent à prouver le contraire. Son visage se crispe dans une grimace plus colérique, et il donne quelques accoups pour tenter de vérifier la solidité de l'attirail qui le maintient. Une fois, deux fois. Il force sur les maillons au point de faire grincer le métal qui ne rompt pourtant pas. Ses articulations qui s'entaillent avec la friction de l'alliage des fers se guériront aussi rapidement que le reste.

« Je te dis de me détacher ! » tonne-t-il d'une voix bien plus audible et surtout... d'un ton beaucoup plus hargneux. « DÉTACHE-MOI ! »

Furax cette fois, il s'agite dans tous les sens pour tenter de trouver un angle pour faufiler un poignet. Quitte à se casser des os pour ça. Il guérira, et il en est parfaitement conscient. Le sang de vampire n'a pas éteint sa capacité à réfléchir. Il lui donne juste... immodérément envie de sang. Envie de tuer. Envie de contrôle. Forcer est vain, même quand il en arrive à presque s'éplucher totalement son pouce de sa peau en tentant de forcer l'entrave d'une de ses mains.

« Je sais que tu es là... quelque part. »

Son regard glisse à nouveau dans la pièce, s'attardant étrangement sur l'endroit où la petite araignée s'était repliée avant de scruter ailleurs. Est-ce qu'il savait où elle était ? Non. Il n'en avait pas les moyens. Le sang de vampire, même en grande quantité, n'offre pas tous les pouvoirs des buveurs de sang. De quoi se régénérer. Des sens et une force accrus... mais pas de capacité à ressentir les choses comme un vrai Enfant de la Nuit.

« Après tout... tu ne me laisserais pas seul ici hein ? Il faut que tu sois là, quelque part, à t'assurer que je reste en vie. Ou pire... que je reste bien attaché. Qui sait ce qui pourrait se passer si les fers ne tenaient pas... Hm... Et ce sera ta faute »

Mauvais comme une teigne, le chasseur s'emploie comme il le peut à tenter de traficoter avec les maillons. Sait-on jamais, qu'un infime morceau soit plus faible, plus usé, moins bien fixé qu'un autre.

« Je crois que je te laisserais en vie, après avoir fait le tour des chambres de l'étage. Tout ce sang... »

Les lèvres retroussées, le voilà à claque fortement des dents après une silence bien calculé. Le temps de laisser à la brune le soin d'imaginer ce qu'il pourrait se passer s'il arrivait à se libérer. Un individu lambda sous le contrôle d'un sang aussi vil que celui d'un vampire ferait déjà de très gros dégâts Mais alors un chasseur...

« Je me demande s'il y a des enfants dans les chambres voisines... Je n'en ai jamais tué, je suis curieux de savoir ce que ça fait... Ah mais... toi tu sais ! J'ai toujours tendance à oublier que tu es une experte en la matière.»


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Le Dahlia
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Mar 19 Sep - 15:17

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Un peu d'Enfer



C’était insoutenable. La simple vue du dos du chasseur, arqué comme pouvaient l’être celui d’un possédé, suffit à donner des sueurs froides à la sorcière, dont le corps arachnéen commença à trembloter, silencieusement. Du haut de sa cachette, elle surplombait la pièce et le lit, ne manquant aucun détail de la scène cauchemardesque qui se déroulait sous elle. Seule lumière dans cette obscurité, la mixture semblait avoir au moins l’effet cicatrisant escompté… Il n’aurait plus manqué qu’elle s’avère inefficace… Elle était occupée de scruter la reconstitution, spectaculaire, des chairs du chasseur quand sa voix retentit dans la pièce, lugubre… Malgré l’envie qui fut la sienne d’écouter, de se laisser attendrir par la supplique de Connor, dont elle ne supportait pas la souffrance, elle était plus intelligente que cela… Même sans savoir ce que contenait cette fiole, s’il lui avait demandé de l’attacher, c’était qu’il savait pertinemment ce que ça lui ferait… Aussi ne bougea-t-elle pas d’un iotat, s’arrêtant même de respirer…

… Et sursauta, suffisamment pour tomber dans le vide, quand il se mit à crier. Se balançant doucement au bout de son fil de soie, elle s’accorda quelques secondes pour renouer avec ses esprits, et reprit sa place initiale, juste à temps pour que ses quatre paires d’yeux croisent les iris lumineux du chasseur. Ce qu’elle y vit, à cet instant, lui fit froid dans le dos. Elle ne reconnut pas le mélange de hargne galloise et de mélancolie pudique qu’elle lui connaissait le plus souvent… En place et lieu, elle ne vit que sournoiserie et fureur. Sa volonté s’affermit à ce contact. Elle faisait ce qui devait être fait, et cette pensée la rasséréna, lui redonnant un peu de ce courage qui lui faisait si cruellement défaut. Elle ignorait s’il pouvait réellement la voir, en doutait du fait de la fidélité de son imitation d’une authentique tégénaire des maisons, mais dans un cas comme dans l’autre, refusa d’abandonner le dessus à ce… Cette chose.

Malheureusement pour elle, malgré la fermeté dont elle s’était sentie investie pendant quelques secondes, le tacle de Connor, qui la prit totalement au dépourvu, fit mouche. Sa faute. Elle sentit son cœur et son corps se fendre en deux rien qu’à l’idée de ce qui pourrait advenir. Sa faute. Dans le silence oppressant de la pièce, l’araignée se remit à trembler. Mis à rude épreuve, les nerfs de la sorcière faisaient de leur mieux pour encaisser et tenir le coup, car elle savait qu’elle ne pouvait se permettre de perdre cette manche… Si elle se laissait aller, elle serait incapable de conserver sa forme animale, ou pire, resterait piégée dans cet état pour une durée indéterminée, et indéterminable.

Elle le voyait, qui tentait de trouver des faiblesses à son dispositif, mais s’il y avait bien une chose dans cette pièce qui lui inspirait toute confiance, c’était son matériel de contention. En effet, beaucoup de ses objets pouvaient être remplacés par d’autres plus rudimentaires, durant les expéditions, mais cet équipement-là devait être immaculé, car, s’il devait être utilisé, au rôle le plus crucial. En effet, aucun des sorciers partant en mission pour la Loge n’était en mesure de déterminer exactement ce qu’il trouverait, ni dans quel état. L’idée qu’un sorcier puisse perdre la raisin au cours de fouille était une réalité, et tout bon aide de camp se devait d’avoir de quoi isoler le malade, pour sa propre santé autant que pour celle des autres. Aussi, si parfois piquées ici et là de marques de rouille superficielles, les chaînes ainsi que le reste du matériel était comme neufs.

Malgré cette certitude, l’aplomb de la sorcière s’effrita rapidement. Insidieuse, la voix de Connor se frayait un chemin avec une aisance hallucinante, rendue possible uniquement par la connaissance intime qu’il avait d’elle, directement jusqu’à ses insécurités, appuyait avec une violence défiant l’imagination sur les endoits où ça la faisait particulièrement souffrir… La dernière de ses attaques acheva ce qu’il lui restait d’empire sur elle-même. L’araignée chuta de sa cachette, mais ce n’est pas le corps petit et fragile de l’animal qui heurta le sol d’une façon assez pitoyable, ce fut celui de la jeune femme, dont les joues dégoulinaient. D’une façon totalement immatérielle et pourtant parfaitement visible, sa culpabilité l’écrasait, poussait sa tête vers le sol, dans lequel elle voulait l’imprimer, rendant herculéen l’effort à déployer pour la faire se redresser… Elle y parvint, néanmoins, mais quand les yeux noisette d’Evie croisèrent ceux de Connor, ils n’exprimaient rien de plus qu’une haine sourde. Une haine sans bornes. Elle le détestait de se servir de ça contre elle, autant qu’elle se détestait pour ce qu’elle avait fait… Parce qu’il avait raison. Elle était une meurtrière. Mais, elle finit par s’en souvenir, ce n’était pas d’elle dont il était question.

Ici, et maintenant, il était question de tout sauf d’elle. Il était question de Connor, aux prises avec une substance noire pour guérir de blessures infligées par des créatures de cauchemar, et tout cela pour être en mesure de retourner affronter ces mêmes créatures, afin de préserver les vies qu’il menaçait, dans l’immédiat, de détruire… Evelyn serra les dents, et finit par se redresser. Ses larmes peinaient à se tarir, la culpabilité refusant de relâcher son emprise, si forte, aussi facilement, mais son visage avait retrouvé tout de sa détermination. « Tu n’en feras rien... » s’entendit-elle répondre bas, des plus calmement. « Provoque-moi autant que tu le voudras, tu ne briseras jamais ce carcan. » Avec lenteur, elle s’empara de son châle, d’une main dont elle peinait à maîtriser les tremblements, et le remit sur ses épaules avec une désinvolture plutôt bien simulée, compte-tenu de son teint exsangue. Investie de la même flemme, elle tira la chaise de son bureau et s’assit posément, face au lit du chasseur, prête à attendre le temps qu’il faudrait pour que l’effet de la potion s’estompe. Avec un discret soupir, elle se laissa aller contre le dossier de sa chaise, sans quitter Connor du regard. Feindre le calme lui avait permis de se calmer pour de vrai. « Je t’écoute. Quelle créature t’a mis dans cet état ? » Quitte à le veiller, autant tenter de le distraire… Pour sa part, Evie demeurait sur le qui-vive, prête à disparaître via la forme de la plus petite des araignées qui soient si les évènements l’exigeaient… Après tout, on ne savait jamais…







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Le Cerbère
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Mar 19 Sep - 19:14

La voilà qui se montre enfin. Visiblement, les paroles ont suffit à l'atteindre. Si en général, Connor ne s'attarde que peu sur les larmes, il y a cette fois dans son regard un plaisir malsain qui se lit sans mal. La souffrance qu'il inflige lui fait du bien. À défaut de calmer son envie... son besoin de sang et de meurtre. Il grince des dents pour afficher un sourire froid et carnassier en tentant à nouveau de bouger pour forcer sur les fers, et mettre à mal ses propres os. Parce qu'il y a une chose qu'Evelyn a du mal à gérer c'est la souffrance des autres. Probablement plus que sa propre douleur, d'ailleurs. C'est quelque chose que le Cerbère de tous les jours a remarqué rapidement. C'est quelque chose qui a d'ailleurs très largement pesé dans la balance quand il lui a fallu choisir : Tuer ou non la sorcière.

« Ah... te voilà donc... »

Petit ricanement de rigueur. Il bouge comme il le peut pour se tenir dans une posture plus... élégante à défaut d'être confortable. Quoique dans son cas, enchaîné comme il l'était parler d'élégance restait délicat.

« Et si... si je commençais à hurler ? Très... très fort. »

Son regard glisse vers la porte, comme s'il réfléchissait à l'épaisseur du bois, et à sa capacité à étouffer ses cris. À pleins poumons, il était persuadé de pouvoir être largement entendu en bas. Et le plus amusant restait d'ailleurs que la fameuse muselière lui offrirait plus de temps encore avant qu'elle ne puisse convenablement lui obstruer le gosier pour qu'il la boucle.

« Que dirait la Volpe en trouvant une sorcière en état, face à un chasseur blessé et attaché ? Crois-tu qu'elle réfléchirait avant de te tuer et de me détacher ? »

Il gonfle sa cage thoracique comme s'il allait effectivement crier avant de se contenter d'un lourd, très lourd souffle. Non, il ne crierait pas. Evelyn ne connaissait pas Gigi comme lui la connaissait. Elle viendrait, oui. Il est probable qu'elle tuerait la brune avant de réfléchir à la suite. Mais elle finirait très vite par comprendre et par le tuer lui aussi. Mieux valait la laisser hors de tout ça. L'idée était juste de bluffer. De laisser à Evie l'infime doute concernant cette situation. Lui faire croire qu'elle se trouvait sur une savonnette et que tout ça ne tenait qu'à un équilibre très précaire.
Les chances étaient pourtant totalement de son côté. Les chaînes n'allaient pas céder de sitôt. Il ne pourrait pas quitter cette pièce à condition qu'ils en restent là. Et c'est précisément ce qu'il voulait faire changer. Bouger la dynamique. Forcer Evie à douter de ses premières décisions et l'amener à en prendre de nouvelles. Le déplacer ? Changer de liens ? Il lui fallait une opportunité d'agir, rien de plus, rien de moins.

Son regard toujours braqué sur elle, Connor s'amuse presque de la voir s'asseoir. Elle lui tiendrait compagnie. Grave erreur d'après lui. Plus elle l'écoutait, plus il pouvait tenter de se servir d'elle pour arriver à ses fins.
Une question comme une autre. Quelle créature l'a mis dans un état pareil ? Est-ce qu'elle parle des plaies ? Ou est-ce qu'elle parle de ce qu'elle lui a fait avaler. Oh il répondrait pour les deux. Qu'elle comprenne précisément ce à quoi elle avait participé sans vraiment se poser de question.

« Si tu mentionnes les balafres, elles sont à mettre sur le compte d'un petit groupe de Striges. Des Vargheist étrangement courageux d'ailleurs, préférant attaquer plutôt que fuir. »

Une preuve s'il en est, qu'il se passe quelque chose d'excessivement étrange. Les Ekimes aiment les proies faciles. S'ils sont dangereux, ils restent des vampires qui optent pour des proies simples et à l'écart. Ils n'attaquent que rarement les adultes. Encore moins les chasseurs. Et pas simplement pour se battre. Ils attaquent pour manger. Ce n'était pas là, cette fois.

« Si tu parles de l'ampoule que tu m'as fait boire... »

Il tente de se pencher un peu sur elle, et ajoute quelques mots un peu plus bas, comme pour partager le petit secret de cette grosse bêtise qu'ils avaient fait.

« Sang de Nosferatu. Assez pour me transformer... »

Et pour tuer un humain. Par chance, il est un chasseur, habitué à s'empoisonner depuis qu'il est enfant. Son corps lutte efficacement contre les substances de ce genre, et lui évitent de totalement perdre les pédales lorsqu'il en consomme en quantité convenable. Ce n'était pas le cas ce soir. Une goutte sur un buvard est une quantité viable. Une ampoule complète ? Tout l'inverse.

« Si je finis par mourir... est-ce que tu sais ce que ça signifie ? »

Son sourire s'étend un peu plus encore. S'il meurt, il reviendra. Et le Chasseur qu'elle avait connu ne sera plus. Ce n'est pas pour rien qu'il lui avait d'ailleurs expressément suggéré de prévenir la Volpe si les choses dérapaient à ce point. Gigi et les vampires... toute une histoire.  

« Non vraiment... je ne te tuerais pas. Tu fais bien trop de dégâts pour que je cherche à te mettre des bâtons dans les roues. »

Reprenant sa posture initiale, non sans un discret petit sourire en coin, il ramène ses membres autant que possible contre lui, en voûtant son dos comme pour se protéger... du froid. Le tout avec suffisamment peu de discrétion pour attirer l'attention de la sorcière. La persuader qu'il a froid reste une belle idée pour la pousser un peu plus à bout. Parce qu'elle ne peut définitivement pas se permettre de le couvrir, ça cacherait ce qu'il bricole. Non ce qu'il veut... c'est l'obliger à devoir allumer un feu.


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Le Dahlia
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Mer 20 Sep - 17:57

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Un peu d'Enfer



Quelle paire étrange formaient les deux protagonistes de la scène… D’un côté un chasseur, dont la raison d’être même était de se mettre en danger, d’aller au-devant du danger, et dont l’unique promesse était une vie courte pleine de souffrances… Et de l’autre, une sorcière incapable de regarder qui que ce fût souffrir… Et qui, de son propre chef, s’attachait lentement mais sûrement à ce chasseur pour cette raison… Elle avait détruit des dizaines de vies par accident, si au moins elle pouvait sauver celle-ci… Mais aurait-elle seulement ce qu’il fallait pour cela ? Rien n’était moins sûr. Par quelques simples mots bien choisis, sans effort, il était parvenu à la mettre à mal. Qu’aurait donné la manœuvre si elle avait été en train de tenter une manœuvre plus complexe que bêtement maintenir une forme animale ? En était-elle là ? Elle était en droit de se poser la question, ainsi soumise au regard cruellement méprisant du chasseur…

Déjà peu loquace d’ordinaire, être confrontée à cette situation difficile, inédite, achevait de sceller les lippes d’Evelyn. Impuissante et muette, seule une déglutition mal aisée trahit sa nervosité à l’idée que celui que le sort avait réduit au statut de « prisonnier », se mette à hurler. Elle doutait qu’entre la distance les séparant et l’agitation, le brouahah, le bruit si caractéristiques de la salle principale du Devil’s Bottle, la Volpe parvienne jamais à l’entendre, mais, et si c’était le cas ? Si elle entendait les suppliques de son comparse, et se mettait à sa recherche ? Combien de temps avant qu’elle ne monte ? Avant qu’elle ne trouve sa chambre ? Avant qu’elle ne force la porte ? Combien de temps avant qu’elle ne sépare la tête de la sorcière du reste de son corps ? De concert avec les yeux de Connor, ceux d’Evelyn lorgnèrent un instant le panneau de bois, censé garantir autant son intimité que sa sécurité… Un frisson l’agita.

Le poids du regard du chasseur, qu’elle ne reconnaissait pas, combiné aux piques qu’il lui lançait, commençait à grignoter sa patience, la poussait vers un point de rupture, elle le sentait, qu’elle savait ne surtout pas devoir atteindre. Avec lenteur, elle pivota sur son séant et sortit d’un tiroir de son modeste bureau, à son tour, une fiole dont le contenu devait être inconnu de son captif. Le liquide qu’elle contenait était d’un beau vert pâle, légèrement brumeux. Bien que la tentation de la vider fût forte, la sorcière n’en prit qu’une gorgée, avant de remettre le bouchon de liège en place et de la ranger. Sitôt fait, même si de façon dégressive, elle sentit son rythme cardiaque diminuer, ses muscles se détendre, et le calme, plus qu’apparent, devint réel. Maîtresse d’elle-même, elle se savait moins encline à céder à la panique. Même si relativement difficile à préparer, cette décoction calmante faisait des merveilles. Contrairement à d’autres, plus aisées à obtenir, celle-ci n’amoindrissait pas les facultés mentales, ne provoquait pas de somnolence. Le secret, ainsi que la difficulté, résidait dans le dosage, qui devait être extrêmement minutieux, sous peine d’obtenir un simple somnifère.

Il ne lui en fallait pas moins pour être en mesure d’encaisser les nouvelles attaques du chasseur, et la nouvelle concernant sa possible transformation… Le but de lui avoir fait boire cette fiole n’était-ce pas justement de le préserver de la mort ? A la mention de la nature de la mixture qu’elle lui avait fait avaler, le peu de sang revenu sur les joues d’Evelyn fila de nouveau. Si dans l’absolu, elle ignorait la largesse des capacités du sang de Nosferatu, elle savait que c’était un composant très rare, car très difficile à obtenir, et dont l’usage servait rarement des magies altruistes… Elle lorgna, avec plus d’attention encore, les blessures de Connor. Elles étaient quasiment fermées, n’était-ce pas bon signe ? Il avait bien meilleure mine qu’à son entrée dans sa chambre, n’était-ce pas là la preuve que tout danger de mort serait bientôt écarté ? Combien de temps cette potion ferait-elle effet ? La sorcière se mordit l’intérieur de la joue. « Tu ne m’aurais pas demandé de faire ça si le risque de te transformer avait été plus important que tes chances de survie… » finit-elle par répondre, avec calme, mais sans grande assurance. De quoi pouvait-elle être vraiment sûre concernant Connor, au final… ? A son grand désarroi, elle se vit contrainte d’admettre pour elle-même qu’il n’avait pas joué franc jeu avec elle…

Elle en était là de ses pensées, relativement sobre et détendue grâce à sa potion, quand elle le vit tenter de se lover, comme s’il avait froid… Elle haussa un sourcil. S’il y avait bien quelque chose à quoi elle ne s’attendait pas, c’était ça… Mais, doutant de la possibilité qu’il puisse effectivement avoir froid, elle se leva et posa une main sur son châle, prête à l’enlever, quand une image de lui, couvert, et donc sans possibilité pour elle de voir ses mains, effleura son esprit. Elle suspendit son geste. Oui, elle avait confiance dans son matériel, mais elle ne jurait jamais de rien, surtout avec des liquides qui lui étaient mal connus. Elle se mit donc en quête d’un autre moyen de le réchauffer en parcourant la pièce des yeux, ceux-ci évitant soigneusement la cheminée. Hélas, il n’y avait pas trente-six solutions… Ou peut-être lui faire avaler du piment ? Peut-être qu’en plus de le réchauffer, la petite plante aurait le mérite de lui faire cesser ses attaques ? Ou au moins la nature de ces dernières serait différente… Elle préférait encore les insultes et la colère que la torture mentale à laquelle il la soumettait.

Cependant, avant de tenter quoique ce soit, elle rassembla tout ce que la potion lui permettait d’avoir de courage et gagna la tête du lit, en faisant bien attention de rester hors de portée de Connor. Là, en posant le revers de sa main sur son front, elle prit sa température, et fut étonnée de la découvrir aussi… Normale. Elle s’attendait à de la fièvre, ou au contraire, à ce qu’il soit froid comme la mort… Mais ni l’un ni l’autre. Inutile de préciser qu’elle ne demeura pas au chevet du malade très longtemps, et sitôt eut-elle le cœur net que le chasseur n’avait pas réellement besoin de chaleur, elle retourna s’asseoir, peu certaine de la visée de la manœuvre… « Si je suis libre de mes mouvements... je te tuerai. C’est ce que tu m’as dit, juste avant de t’évanouir, tu te souviens ? » Pour le coup, c’était sa propre résolution qui commençait à atteindre ses limites… Elle était dans un flou artistique qui ne lui plaisait absolument pas. Connor allait-il redevenir comme avant ou resterait-il ainsi, désormais ? C’était elle, maintenant, qui désirait presque aller voir la Volpe pour lui poser toutes ses questions… Seulement, chaque fois que les deux femmes s’étaient croisées, dans le Devil’s Bottle, Evie avait senti une haine si féroce dans son regard qu’elle ne nourrissait pas la moindre impatience à l’idée de se présenter à elle… Pendant une seconde, la sorcière se figura le supplice que ce devait être que d’avoir un parent possédé… « Combien de temps est-ce qu’il faut avant que l’effet se dissipe ? » Lui dirait-il seulement la vérité ? Elle en doutait…







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Le Cerbère
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Jeu 21 Sep - 23:08

Intrigué par la fiole, le Chasseur perd un peu son sourire mauvais en observant le liquide qui se trouvait à l'intérieur. Sa tête se redresse d'ailleurs un peu, comme s'il cherchait à renifler l'odeur afin de savoir ce qu'elle avait entre les doigts. Ses yeux suivent le mouvement du liquide qu'elle amène à ses propres lèvres. Inutile de renifler quoi que ce soit, il comprend ce qu'elle vient de faire. Une mixture capable de l'apaiser. Quelque chose qui viendrait à l'empêcher de perdre le contrôle de ses nerfs. Mais pas de mieux gérer sa culpabilité pour autant. Désinvolte, il a un léger mouvement d'épaules, en détournant le regard pour glisser quelques mots d'un ton détaché en apparence.

« Bonne idée ça. Tu devrais songer à garder la fiole sur toi. Le bon sens aurait d'ailleurs été de l'avoir à portée de main ce jour-là... »

Non, bien sûr que non, cette nonchalance extrême et le détachement de son ton ne serve qu'à renforcer le caractère très insidieux et meurtrier de son commentaire. Taper fort où ça fait mal, le tout en faisant mine de ne pas le faire volontairement. Frapper encore et toujours là où il est sûr de l'amener à réagir. Il n'a pas d'autre chose s'il veut lui faire perdre totalement ses moyens. S'il veut l'obliger à faire une erreur.

« Il faut vraiment que tu me détaches Evelyn. »

Déclare-t-il finalement, tout de go, avec une résignation confiante. Comme si l'entrain et cette pseudo bonne ambiance qu'il mettait dans cette affirmation suffirait à la faire aller dans son sens.

« Tu n'aurais qu'à prendre mon croc. À tes pieds. Celui dans son fourreau nacré »

C'est l'un des Kukris qu'il désigne, et sa lame d'argent qui pourrait effectivement faire des dégâts très grave si elle s'en servait sur lui. La lame est affûtée, mais qui plus est, l'argent allait mettre sévèrement à mal le Monstre qu'elle avait face à lui en ce moment. Le sang des vampires n'en donne pas que la force... à ce dosage là, les faiblesses sont aussi dans la panoplie.

« Tu t'en servirais pour te défendre et garantir ta fuite. Le couloir est trop étroit pour que je puisse te prendre de vitesse. Tu partirais... je m'occuperai d'aller de chambre en chambre avant de descendre. La Volpe ne verra rien venir. Je me demande bien quel goût doit avoir le sang de cette maudite renarde. Davan suivrait. Et la petite Leo... je crois bien que ça achèverait mon œuvre. Le grand père... le père... la fille. Un tableau de chasse familiale !»

Il pousse un petit soupire guilleret.

« Mais assez parler de moi. Parlons un peu de tes meurtres à toi. Je ne sais pas vraiment ce que ça fait de tuer des enfants... j'aurais du mal à m'y prendre je crois. Un conseil à un néophyte ? »

Si son plan de simuler un besoin de chaleur amène la brune à se poser des questions, elle parvient à continuer le piège. Pas de châle pour le couvrir. Mais pas de feu non plus. Le Chasseur se renfrogne clairement à ce constat, jetant sur elle un regard beaucoup plus noir quand elle revient s'asseoir. Il l'aurait probablement dépecée sur place s'il avait été libre de ses mouvements.
Ses dents grincent quand sa mâchoire se serre. C'est insupportable pour lui de ne pas pouvoir déchirer de la chair, et faire couler du sang. Il en a besoin. Comme il a besoin de reprendre le contrôle, de défaire ses liens et de jouer à Dieu. Et pour ça rien de mieux que le meurtre.

« Combien de temps ? »

Il se gausse, et agite la tête de droite à gauche.

« Peut-être quelques heures. Peut-être jusqu'à la fin. »

En fait, sa décision est à l'image de sa vie : une danse avec le diable.
Un pari plus que risqué duquel il était loin d'être sûr d'en ressortir vivant. Ou sain d'esprit. Mourir définitivement. Mourir et revenir. Survivre et perdre définitivement sa santé mentale ou s'en sortir tout simplement. Les probabilités étant les mêmes pour toutes les possibilité.


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Le Dahlia
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Ven 22 Sep - 14:36

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Un peu d'Enfer



Connor passa à presque rien de se voir envoyé la fiole de potion apaisante dans la figure à la suite de son commentaire, particulièrement assassin, concernant sa prise. La colère d’Evelyn avait été aussi violente que soudaine, prenant la sorcière de court. Heureusement pour elle, elle n’eut pas à attendre longtemps qu’elle finisse par s’étioler, et disparaître, comme un nuage de fumée. Petit à petit, les œillères dont la jeune femme s’était vue affublée, parce que c’était Connor, commencèrent à se déchirer… En prenant du recul, en réfléchissant à son comportement seul plutôt qu’à la personne qui l’adoptait, une ébauche de compréhension se dessina. Il ne pensait pas réellement ce qu’il disait, mais cherchait à la faire sortir de ses gonds. L’évidence, enfin, lui sauta aux yeux. Il cherchait à la manipuler…

Evelyn se sentit d’une bêtise ineffable, bête de ne pas s’en être immédiatement rendu compte… Un peu de rouge dû à la honte rendit quelques couleurs à ses joues. Cela étant, elle était bien forcée d’admettre que même en comprenant la visée de toutes ces piques cruelles, elle n’était pas plus avancée, et ne se sentait pas mieux pour autant… Le fait que tout cela sorte de la bouche de Connor était très déstabilisant, et touchait avec d’autant plus de facilité qu’il n’était pas personne… Et, de façon tout à fait absolue, étaient d’une impitoyable vérité. Qu’elle le veuille ou non, elle était bien l’auteure d’une tuerie de masse. Qu’elle le veuille ou non, elle avait tué des femmes et des enfants, des hommes innocents avaient rencontré leur Créateur beaucoup plus tôt qu’ils ne l’auraient dû par sa faute… Et ce n’était pas comme s’ils étaient morts sans douleurs…

La mâchoire de la sorcière se contracta, tandis que, les yeux fermés, elle revivait cette scène qui la hantait, écoutait l’écho, semblant si proche, des cris de ses suppliciés… « Il faut vraiment que tu me détaches, Evelyn. » Elle rouvrit les yeux et darda sur Connor une œillade circonspecte. En quel honneur ? sembla-t-elle lui répondre, même si aucun son ne franchit ses lèvres, si elle n’esquissa pas un mouvement. Ce fut interdite qu’elle écouta la suite des suggestions du prisonnier, ses traits se décomposant un peu plus à chaque partie de l’histoire. Une chance que la potion la tempérait, calmant ses élans impulsifs, sans quoi, à la mention du sort de Davan, elle aurait probablement commis l’erreur que le chasseur attendait… En place et lieu, elle feinta rester de marbre et saisit au vol une information qu’elle n’avait pas jusqu’à présent. Ses sourcils se froncèrent. « Leo est la fille de Pierman ? » chuchota-t-elle, d’avantage pour elle-même que pour lui. Ceci explique donc cela…

La tête de la sorcière se redressa. Comme si la culpabilité qu’elle portait à l’heure actuelle n’était pas suffisante, il s’imaginait qu’il pourrait y ajouter celle d’avoir relâché un monstre pour se sauver elle-même… La potion qu’elle avait bu l’empêchait de se montrer tout à fait, mais Evelyn commençait à être en colère contre Connor, à lui en vouloir de la faire passer par ce genre d’épreuves alors qu’il ne lui avait même jamais dit que ça pouvait être une possibilité… C’était une chose que d’affronter les dangers d’une tombe ensemble, en toute connaissance de cause, c’en était une autre que de se soumettre à de la torture de façon aussi soudaine, sans la moindre idée de ce qui arriverait ensuite… Face aux artéfacts, aux sortilèges, elle pouvait encore réagir, tenter des choses, se sentir utile… Mais face à ça, cette chose ressemblant vaguement à Connor, qu’était-elle sensée faire ? Selon elle, la Volpe aurait été bien mieux qualifiée pour gérer ce genre de cas…

Mais elle n’était pas la Volpe. Elle était Evelyn, une sorcière de la Loge de Pandore. Que penserait son père, s’il la voyait autant manquer de pragmatisme et se laisser anéantir aussi facilement ? Que dirait sa mère ? Elle était détruite de l’intérieur, elle le savait, mais ce n’était pas une raison pour laisser n’importe qui jouer avec ses ruines… Reprenant le dessus, la jeune femme se leva dans le calme, et, ouvrant le même tiroir que précédemment, elle en tira cette fois une fiole contenant un liquide d’un vert beaucoup plus sombre, plus épais. Quand elle se retourna vers Connor, ses yeux n’exprimaient qu’une douce détermination. Douce, car elle le couvait du regard, trahissant ainsi la profondeur de sa compassion pour le chasseur. « Tout va bien se passer, Connor… Je te le promets. »

Tranquillement, elle rejoignit le chevet du lit du malade, sa peau prenant graduellement la texture du marbre. Le temps qu’elle parvienne au niveau de sa tête, elle avait l’apparence d’une statue vivante. Ainsi, si Connor parvenait, malgré ses liens, à l’atteindre, sa tentative resterait veine. Du bout des doigts, elle détacha la muselière, et, leste, ne lui laissa pas le temps de dire ou faire quoi que ce soit. Avec fermeté, elle lui saisit les joues et lui pinça le nez, fourra le goulot de la fiole dans sa bouche et l’obligea à en avaler le contenu. La mixture, amère, ne serait probablement pas de son goût mais peu importait. Bien que cela lui coûte, Evelyn tint bon et refusa de lâcher prise avant que toute la fiole n’y passe, ainsi, même s’il en recrachait une partie, elle était certaine que l’effet se manifesterait, si la mixture pouvait agir d’une quelconque façon… En effet, sans moyen de savoir laquelle d’elle ou du sang de Nosferatu prendrait le dessus, le doute était permis.

Quand la fiole fut vide, elle s’empressa de reprendre ses distances, espérant voir le sédatif agir assez rapidement. Entre ses doigts redevenus chair humaine, elle serra la fiole à s’en faire blanchir les jointures. Quelques heures… Elle le veillerait quelques heures, espérant qu’à son réveil, il serait redevenu lui-même, espérant qu’à son réveil, il aurait oublié toutes les horreurs qu’il lui avait dites, toutes les scènes de carnage auxquelles il avait pensé… Une image de Davan, la gorge déchiquetée, passa furtivement dans son esprit, lui donnant presque la nausée. Quelques heures… Quelques heures, et puis quoi ? Et puis, et puis… Et puis rien. N’ayant pas la moindre volonté d’y réfléchir à cet instant, la sorcière retrouva sa chaise, et ainsi commença sa garde…







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Le Cerbère
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Ven 22 Sep - 16:31

C'est un simple regard, plutôt amusé, que le Chasseur scrute la sorcière, s'offrant le luxe d'un petit rire pour confirmer l'évidence. Oui, Leonor est bien la fille de Jedediah. Connor n'aurait pas pris la peine de former quelqu'un sans intérêt. Sans lien avec sa propre vie. Et puis, dans le fond, mieux valait une vie courte et difficile sur les traces de son père, qu'une vie à peine plus longue, bien plus misérable et sans but réel. Car c'est ce qui attendait à la gamine à l'orphelinat. Elle aurait fini par traîner dans les rues. Chanceuse, elle se serait retrouvée à travailler dans une usine. Moins chanceuse elle aurait grouillé dans les rues à faire les poches des gens. Mieux valait ce qu'elle avait aujourd'hui, que ce qu'elle aurait pu avoir hier...

Evelyn revient avec sa fiole que le Chasseur fixe avec un air particulièrement moqueur. Probablement aurait-il était moins confiant s'il avait su que la mixture était un brin plus... complexe qu'un simple sédatif humain. Et sans doute avait-il durement surestimé l'impact du sang de vampire et de ses effets. Car non... il n'était pas devenu lui même l'égal d'un enfant de Caïn. Et par conséquent... les poisons n'étaient qu'atténués... pas totalement dissipé.

La muselière est retirée et l'espace d'un instant, la sorcière peut lire dans les yeux du captif une forme de libération. Une joie immense, malsaine et un fond de surprise inespéré. Elle venait de faire ce qu'il voulait qu'elle fasse : faire bouger les choses. Empêcher la situation de stagner dans une situation parfaitement défavorable pour lui.
Le goulot entre les lèvres, il se retrouver contraint d'avaler la totalité de liquide et son goût acre. Un peu acide aussi, comme beaucoup de chose à base de plante.

« Est-ce que tu penses sincèrement que c'était une solution convenable, Evelyn ? »

Il a un sourire mauvais, carnassier... qui disparaît rapidement quand il sent un engourdissement parfaitement désagréable s'étendre au niveau de sa langue, l'intérieur de ses joues, sa gorge aussi.

« Tu paieras pour ça... » baragouine-t-il en s'agitant de plus en plus pour tenter de contrer les effets de la substance. S'il s'arrêtait, il se rendait bien compte qu'il allait céder. Comme lorsqu'il avait passé plusieurs nuits sans dormir. L'oisiveté est la porte ouverte au sommeil.
Dans ce cas précis... la manœuvre est à double tranchant. Plus il s'agite, plus son cœur pompe. Et plus il répand le nectar. Bientôt, dans une ultime convulsion volontaire, il s'écroule purement et simplement dans le cliquetis des chaînes.

Il ne bouge pas et le temps passe. Au fil des heures, il s'agite, se secoue, mais n'émerge pas. Son corps se tend parfois, et passe au fil des heures d'un froid glacial à une fièvre infâme. Son corps luttait vraisemblablement contre le sang qui le tuait à petit feu. Une lutte qui fut visiblement victorieuse. Au matin, le Chasseur ouvrait à nouveau les yeux en reprenant une longue bouffée d'air bruyante et sifflante. Le souffle alors court, il s'agite petit à petit et coule un regard autour de lui. Les fers ont tenu, et c'est bien un soupir de soulagement qui perce ses lèvres à ce constat.

« Ramasse les armes, Evie. » explique-t-il, d'une voix calme et résignée en fixant droit devant lui. « Prends les deux Crocs et entaille mon bras avec l'un, et l'autre. Si l'une des plaies se referme instantanément, je suis encore sous l'effet du sang. Si la blessure avec la lame d'argent est plus grave... c'est que mon corps n'a pas du tout été en mesure de chasser le sang de vampire... et qu'il n'y arrivera probablement jamais. Si c'est le cas... va trouver La Volpe. Elle fera ce qui doit être fait. »

Parce qu'il est hors de question qu'il devienne lui même un monstre. Plutôt mourir...

Néanmoins, il était confiant. Il n'était plus rongé par cette envie de sang, de meurtre et de violence. Il n'avait pas besoin de contrôle. Et la privation de tout ceci ne le frustrait pas au point d'avoir besoin de nuire aux gens présent. À Evelyn, en l’occurrence.
Sans doute allaient-ils devoir passer par la case discussion. En fait, il n'avait pas prévu qu'elle allait rester dans la même pièce. Ni même qu'elle tenterait de prendre autant sur elle en restant comme la cible principale de cette situation. Elle l'avait géré ceci, avec brio, d'ailleurs.


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Le Dahlia
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Ven 22 Sep - 17:25

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Un peu d'Enfer



« Est-ce que tu penses sincèrement que c’était une solution convenable, Evelyn ? » Elle ne répondit pas, ni oralement, ni de la tête, mais, oui, selon elle, c’était la meilleure solution à sa portée. Si Connor devait forcer sur ses liens et les briser, autant que ça soit dans l’inconscience de là où il se trouvait des personnes qu’il pourrait blesser. Mais, si d’aventure, et elle l’espérait, il finissait par redevenir lui-même, elle préférait qu’il se souvienne avoir dormi plutôt que des atrocités qu’il avait menacé de perpétrer. Elle n’était que trop coutumière de la culpabilité pour supporter l’idée qu’elle vienne également peser sur les épaules du chasseur. Alors, oui, le plonger dans le sommeil était selon elle la meilleure des options.

Avec anxiété, elle l’observa se débattre, lutter contre le sédatif, et poussa un profond soupir de soulagement, qui lui fit fermer les yeux d’aise, en le voyant finir par y céder. Puis, d’abord indécise, elle demeura sur place, sans bouger, pendant deux interminables minutes. Elle attendit ce qui lui sembla durer une éternité la confirmation qu’il avait bien sombré dans le sommeil et que ce n’était pas une comédie pour l’abuser. Elle attendit, également, que le débat qui faisait rage en son sein prenne fin, et ainsi décider quoi faire. Qu’est-ce qui était le plus responsable ? Le plus indiqué ? Pas pour elle, mais pour Connor, et les gens présents dans le pub ? Elle décida de ne prendre aucun risque.

Redevenant rapidement efficace maintenant qu’elle n’avait plus à essuyer les attaques cruelles du chasseur, elle rangea sa fiole, vide, et se pencha pour prendre l’arme de laquelle il l’avait lui-même invitée à s’emparer un peu plus tôt, celle sensée le tenir à distance, le cas échéant. L’arme dans une main, sa chaise dans l’autre, elle vint s’installer au chevet de Connor. Evelyn n’avait pas la moindre foi dans ses capacités à utiliser l’arme, mais espérait que, le cas échéant, elle puisse suffire de force de dissuasion.

Combien de temps s’écoula ? Elle perdit la notion du temps, et plus encore quand la fièvre du chasseur monta. Avec flegme, et un peu d’appréhension, la sorcière quitta le lit du malade pour aller chercher une vasque d’eau fraîche et un linge propre, troquant de ce fait son arme destructrice, pour une autre beaucoup plus passive. Patiemment, elle appliqua, encore et encore le linge froid sur le front de l’homme fait, jusqu’à ce que tombe sa fièvre. Quand ce fut le cas, elle reprit sa place initiale, comme si elle ne l’avait jamais quittée. Cependant, quand sa température commença à chuter, elle se sentit particulièrement démunie, et manqua de paniquer, les effets de sa propre potion calmante s’étant déjà bien étiolés. S’astreignant au pragmatisme, elle recouvra suffisamment de calme pour demeurer rationnelle. Elle commença par couvrir Connor de son châle, et se changea, pour sa part, en ours, de taille excessivement modeste. Devenue une énorme peluche pleine de poils, elle investit le lit du chasseur et se lova à son côté pour lui tenir chaud.

Ainsi s’écoula la nuit, épuisante, d’Evelyn qui s’efforça de jongler entre le chaud et le froid, autant qu’elle le put. Quand la température du malade eut l’air de se stabiliser, elle retourna s’asseoir sur sa chaise, et attendit. Sans trop se sentir partir, elle se mit à somnoler à son tour… Pour se réveiller en sursaut à l’entente de la bruyante inspiration de Connor. Dans l’instant, elle était sur ses pieds, penchée sur lui, inspectant de son œil acéré, et inquiet, le visage de l’alité. Quand il se mit à parler, elle retrouve avec soulagement les intonations nettes et concises qui lui étaient si familières. Sans discuter, elle s’exécuta, ramassant les deux armes et faisant exactement comme indiqué. Elle se mordit la lèvre inférieure, et scruta le visage du chasseur, espérant ne pas lui faire plus de mal que ce qu’elle devait se faisant, mais comprenait la nécessité de son geste. En voyant que la première plaie ne cicatrisait pas, paradoxalement, son soulagement fut indicible, mais ce n’était pas tout… Son cœur battant à tout rompre lors de la deuxième entaille, elle sentit ses jambes chanceler quand elle s’avéra identique à la première.

L’arme lui tomba des mains, elle s’écroula sur la chaise de soulagement. Dehors, la pluie qui avait dû s’arrêter de tomber quelque part au milieu de la nuit, revint. Evie eut un petit rire discret. « Sale temps, hein ? » lui lança-t-elle, un sourire au coin des lippes, les yeux cernés et rouges de fatigue. Cependant, elle n’en avait pas terminé. « On dirait que ce n’est pas aujourd’hui que la Renarde aura raison de toi… » Prenant sur elle, elle se remit, une fois de plus, sur ses pieds et déharnacha Connor, lui rendant sa liberté. Se faisant lui revinrent en tête tous ses assauts cruels. La sorcière, revivant mentalement la scène, se mura dans un silence froid. Elle pouvait se le permettre, maintenant que tout danger était écarté. Avec des gestes lents et précis, elle rangea la camisole de fer, referma sa malle, qu’elle glissa sous son lit, avant de pivoter sur ses talons pour faire face au chasseur. « Tu vas avoir besoin de moi pour ça… » De l’index, elle désigna les deux entailles, peu profondes, de test sur son bras. « … ou ça va aller ? » Elle l’aiderait volontiers, préférerait, d’ailleurs, le faire elle-même plutôt que de le laisser se débrouiller, mais en même temps, elle se sentait très en colère contre lui… Donc encore indécise quant à savoir si elle voulait lui parler ou pas… Son état, de ce fait, était très particulier, très ambivalent… Elle n’était pas certaine d’apprécier.







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Le Cerbère
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Ven 22 Sep - 21:58

C'est à peine s'il réagit quand Evelyn trace tour à tour, deux sillons assez profonds mais sans excès dans sa chair. Profonds oui. Connor ne sait pas si c'est volontaire ou pas. Elle doit être en colère après une nuit pareille. Ou bien est-ce parce qu'elle s'est laissé surprendre par la finesse de l'affûtage des lames ? Dans tous les cas, ce n'est pas la première fois que le fer mord sa peau. Et quand c'est tranchant à ce point, la douleur n'arrive que bien après.
Le sang coule, les plaies ne se referment pas. Celle à la lame d'argent ne lui est pas d'une douleur insoutenable, c'est parfait. Parfait parce qu'il sait qu'il n'a pas perdu les pédales. Qu'il est lui même et que le sang n'a plus d'emprise sur lui. Il ferme les yeux, pousse un soupir soulagé, et laisse la sorcière défaire les entraves qui lui permettent de bouger à nouveau.
Ça aussi, ça lui fait du bien. Il bouge les bras, replie et déplie un peu ses jambes avant de pivoter doucement pour s'apprêter à ce mettre debout, non sans un coup d'oeil vers les plaies refermées durant la nuit. Il faudra qu'il coupe le fil des sutures, mais chaque chose en son temps...

« Pas ce soir, non... »

Non, La Volpe n'aura donc pas à le tuer. Sa main vient se glisser derrière sa nuque tandis qu'il ferme les yeux, et qu'il bouge la tête sur le côté pour faire grincer ses vertèbres. Tenir la même posture aura été parfaitement désagréable.
Les pieds au sol, il hésite un instant à se remettre debout, pas certain d'être bien vaillant sitôt en position haute. Mais il faut bien se lancer, après tout. Une pression de ses cuisses et le voilà debout. Sans surprise, un léger vertige tend à s'installer et disparaît. Il a perdu beaucoup de sang, et on ne se relève pas d'une épreuve comme celle de cette nuit sans en souffrir un minimum. Il allait avoir besoin de repos et de se nourrir convenablement.
Ses pas le conduisent à traverser lentement la pièce, toisant un moment les restes de sa chemise crème pour dévier vers les sangles portant son attirail. En se penchant en avant, il récupère le tout, et entreprend de les passer sur ses épaules pour tout ré-attacher méticuleusement et avec suffisamment de rapidité dans le geste pour qu'on s'en étonne.

« J'ai connu pire. Elles guériront d'elles-même. »

La réponse concerne les plaies.
Il ramasse ses fameux crocs, qu'il glisse dans leur fourreau de cuir, croisé devant son ventre. Le manteau suit, revenant garnir ses épaules et couvrir en partie la nudité de son torse.

« À propos de cette nuit... » commence-t-il, sans être spécialement sûr de comment il allait devoir achever cette discussion. S'excuser ne servirait à rien. Elle savait qu'il était sous l'influence du sang. Que ça avait durement altéré sa personnalité. Mais ça ne changeait rien à la violence des paroles, ni même au fait que c'est lui qui les avait prononcé. Dans un état plus que second, certes, mais il ne divaguait pas vraiment. Il était conscient de ce qu'il faisait.

« J'ai oublié de te préciser que tu ne devais pas rester dans la pièce. Sans savoir ce qu'une quantité pareille de sang allait donner... je savais que ça allait être... compliqué. »

Et c'est un euphémisme.

« Je mentirais en te disant que ce n'était pas moi. Au contraire. Tu as vu la face sombre de qui je suis. Sans nuances. Sans retenue. La vérité brute et sèche. Celle qu'on ne veut pas découvrir des gens. »

L'envie de meurtres, de sang et le besoin insensé de reprendre le contrôle mis à part, c'était effectivement ce qu'il était. Connor est un chasseur. Un prédateur habile. Par nécéssité, par expérience et par choix, l'ensemble de son œuvre l'oblige à comprendre ces adversaires. Les connaître. Les trouver. Et utiliser toutes les failles connues pour prendre l'avantage. Evelyn s'était retrouvée sur sa route. Un rempart dressé au milieu de ses besoins du moment. Il l'avait traitée comme il traitait n'importe quel ennemi : en tapant fort ; là où ça ferait le plus mal. De la manière la plus vicieuse et dangereuse possible.

« C'est une partie de moi qui n'est utile que dans certaines circonstances. » Quand il faut qu'il soit le monstre implacable qui tue. « Je regrette sincèrement de t'avoir amener à te confronter à ça. »

Au même titre qu'il était bien content d'avoir connu uniquement la bonne facette d'Evelyn. Celle qui se contrôle et qui ne se laisse pas aller malgré elle à des destructions de masse sous l'effet de la peur. Pour lui, c'était cette fois une rage incroyable, qui prenait racine dans sa frustration de ne pas être maître de la situation, et cette soif démentielle qui l'avait étreint.


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Le Dahlia
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Mar 26 Sep - 13:01

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Un peu d'Enfer



Le scepticisme s’installa sur les traits de la sorcière, son sourcil se haussant, quand, se voulant solide comme un roc, Connor lui répondit simplement que ses plaies guériraient toutes seules. Cette fois, elle soupira bruyamment, s’empara dans son tiroir fourre-tout d’une bande, d’une petite fiole à pipette et d’une boîte en bois un peu plus grosse. Ignorant sa remarque sur les plaies magiques, elle lui fourra la toute petite fiole entre les mains. « Trois gouttes trois fois par jour, pendant trois jours. Tu as perdu beaucoup de sang, ça t’a affaibli. Ça t’aidera à récupérer. » Autoritaire, elle lui saisit le carré de la mâchoire entre le pouce et l’index, l’obligeant ainsi à la regarder, et dans les yeux. « Trois gouttes. Trois fois par jour. Pendant trois jours. » Trois trois trois, facile. Ses iris noisette toisant le céruléen de ceux de Connor, comme les défiant de lui désobéïr… avant de se détourner, Evelyn s’en retournant à son mutisme. Dans le silence, elle reprit le linge qui avait servi à faire tomber la fièvre du chasseur et s’en servit pour nettoyer ses plaies. La profondeur l’étonnant, mais elle ne releva pas, se flattant d’avoir pris les choses en main plutôt que d’avoir laissé l’armoire à glace endommagée subir sans rien dire. Une fois les plaies propres, et encore légèrement sanguinolentes, elle ouvrit la boîte qu’elle tenait, qui contenait une pâte à la couleur et à l’aspect argileux, verdâtre, mais pas malodorante. Du bout des doigts, elle en prit une belle quantité qu’elle appliqua sur les coupures. Le cataplasme arrêterait le saignement, assainirait la plaie et l’aiderait à cicatriser. Sans laisser l’opportunité à Connor de se dérober, elle verrouilla le tout via la bande de lin qu’elle avait récupérée dans son tiroir.

Les mains occupées, enfermée dans le silence, elle eut tout le loisir du monde d’écouter les excuses du chasseur. Bien que demeurant impassible, elle ne se laissa attendrir par aucune des explications qu’il lui donna. Elle le trouva paradoxal et inconséquent, et plus il parlait, plus son masque de neutralité se fendillait, trahissant des sentiments beaucoup plus violents. La vérité, c’était qu’elle n’en avait rien à faire de la partie sombre de Connor. Tout le monde en avait une, elle était bien placée pour le savoir… Mais à la différence de lui, elle ne prenait personne en traitre. A la différence de lui, elle n’avait pas abusé de sa confiance, ne l’avait pas manipulé… Parce que c’était ce qu’il avait fait, lui. Il l’avait manipulée, et cette manipulation aurait pu lui coûter la vie. Cette pensée fit se crisper ses doigts, qui brutalisèrent légèrement le bras du chasseur, tandis qu’elle terminait son bandage. Quand ce fut fait, elle se positionna sciemment entre lui et la porte, pour l’empêcher de partir avant qu’ils n’aient terminé cette conversation, cette conversation qui lui faisait horreur avant même qu’elle ait commencé, et Evelyn se demandait si, finalement, elle n’aurait pas préféré ne rien savoir, juste rassembler ses affaires, et fuir… Elle devenait plutôt douée dans cet exercice, grâce aux conseils de Dustin…

Je regrette sincèrement de t’avoir amenée à te confronter à ça… Elle accusa le coup, sans mot dire, et le gifla. « Tu m’as menti… » Elle l’accusa, sans aménité, cette accusation lui faisant, sans doute, bien plus de mal à elle qu’à lui. Au final, ce qui la mettait réellement hors d’elle, c’était qu’elle n’avait jamais pu comprendre à quel point c’était dangereux d’être à côté de Connor, pas à cause des créatures qu’il chasse, mais de lui-même ! Dans la tête d’Evelyn, ça tournait comme une toupie, toute la rétrospective de leurs voyages passés, et un détail, un minuscule détail… « C’est pour ça que tu as mis aussi longtemps avant de venir m’aider quand j’ai été prise dans ce piège, dans la pyramide… Tu as hésité, à savoir si tu devais effectivement venir m’aider ou me laisser mourir là… Comme une chienne… » Sa voix se brisa, ses yeux s’embrumèrent d’un mélange de peine et de rage. « A quel moment t’as changé d’avis, exactement ? Avant ou après le Caire ? » Ces mots, elle les cracha avec plus de fiel qu’il n’avait jamais pu lui en connaître, Le Caire faisant référence à la première fois qu’ils s’étaient montrés charnels ensemble, parce que personne ne pouvait l’écœurer autant qu’elle s’écœurait elle-même à cet instant. « Tu débarques, mourant, en me disant que je dois te faire boire une substance inconnue, que je dois t’attacher et que si jamais les choses s’enveniment, je dois prévenir La Volpe, et tu t’imagines que j’allais te laisser là ? Que je n’allais pas surveiller que tu demeures bien attaché, à tout le moins ? Tu m’expliques comment j’étais sensée voir les choses déraper si je n’étais pas là pour les voir ?! » Avec la fatigue de la nuit sans sommeil, la sorcière peinait à demeurer rationnelle, à trier toutes les informations et toutes les sensations qui l’assaillaient au même moment. Dans sa tête, tout était clair, elle savait pertinemment pourquoi elle était furieuse contre Connor, mais ça lui était tout simplement impossible de le formuler oralement avec clarté. Le chasseur devrait donc se contenter de ça… Mauvaise, elle croisa les bras sous sa poitrine. Au final, ce qu’elle voulait savoir, c’était d’avantage ceci. « Tu me prends réellement pour un bourreau d’enfants ? Je m’en fiche de savoir que ce poison t’a fait faire, la visée… Je le comprends, et rien ne pourrait moins m’importer. Ce que je veux savoir, c’est si c’était uniquement ça, de la manipulation… » parce qu’il ne savait que trop parfaitement, au grand dam de la sorcière d’ailleurs, à quel point ses actes lui pesaient, et qu’elle avait, ne lui en déplaise, du respect et de l’estime pour lui et son jugement la plupart du temps, « … Ou si ça trahissait le fond réel de ta pensée… » Si tel était le cas, elle ignorait si elle prendrait le risque de rester dans les environs… S’il la pensait bel et bien capable de tuer de sang-froid, qu’est-ce qui l’empêcherait de la tuer dès qu’il en aurait l’occasion ?







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Le Cerbère
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Mar 26 Sep - 15:08

Connor se retient de soupirer et de rouler les yeux quand elle décide à le soigner. Il se contente de pivoter d'un quart pour lui permettre de faire ce qu'elle avait décidé de faire. Pas un mot sur le cataplasme. Pas un mot sur le bandage, ni ses doigts qui se crispent un peu trop sur sa peau à mesure qu'il opte pour des explications concernant ce qui venait de se passer. C'est un moment qu'il souhaite rapidement balayer sous le tapis. Contrairement à elle, le Gallois a toujours réussi à chasser sa culpabilité de la sorte. Il la traîne toujours, quelque part, mais suffisamment planquée pour qu'il arrive à l'ignorer le plus souvent.

Trois gouttes, trois fois par jour, pendant trois jours.

Il observe le flacon, échange un regard assez peu convaincu avec la sorcière avant d'amorcer un pas vers la sortie. Il a besoin de quelque chose à boire. Et de quoi manger aussi, même s'il n'a pas vraiment faim. Perdre autant de sang implique de se refaire une santé. Mais Evelyn en a décidé autrement. Elle se plante entre lui et la porte et conclue les excuses du Chasseur avec une gifle magistrale et cinglante qui le force à tourner la tête pour en atténuer l'impact.

Il l'a peut-être un peu mérité. Enfin... son lui caché. Celui qu'il est dans les pires moments. Le monstre.

Redressant un peu la tête en venant affronter le regard de la sorcière, il lui laisse le temps de s'exprimer sans la couper. Sa tête s'agite lentement de droite à gauche à sa question, et il se permet un petit soupir. Pas gêné, mais presque quand même parce qu'il avait une vague idée de ce qu'elle pouvait penser là, sur l'instant. Elle se trompait, évidemment. Sur le moment de sa décision, sur le retard dans le temple, mais ces coïncidences pouvaient prêter à confusion, oui.

Muet, il écoute la suite. Elle a raison... et tort à la fois. Il savait que ses précisions n'étaient pas suffisantes. Du reste... elle avait visiblement tendance  à mettre de côté un facteur plus qu'important concernant tout ça : il était arrivé là avec une hémorragie plus qu'avancée et une ceinture abdominale en lambeaux, laquelle parvenait miraculeusement à garder et contenir ses intestins grâce à quelques millimètres de chaires de pulpes et de tendons.
Dans ces conditions, formuler précisément des consignes en prenant en compte les cas de figure possibles et tous les détails tenait du miracle.

Il entrouvre les lèvres pour répondre et s'arrête quand elle reprend. Il s'assombrit un peu, bien conscient que cette tirade-là venait des accusations et des attaques qu'elle avait pu subir ce soir. D'un mouvement de tête négatif, il répond de suite à sa question. Bien sûr que non, il ne la prenait pas pour un bourreau d'enfants. La responsabilité d'Evelyn restait limitée, dans le fond. À aucun moment elle n'avait cherché à tuer ces gens. En étant pragmatique d'ailleurs... mourir comme ils étaient morts, ou mourir brûlés par les fous du culte... quelle différence ?

Certains qu'elle n'ajouterai rien de plus, Connor se contente d'attendre une petite seconde de plus avant de se décider à parler.

« Prévenir la Volpe... c'était uniquement au cas où tu me trouvais mort. Je ne le serai pas resté très longtemps et elle aurait su quoi faire, elle. Je ne voulais pas te demander de percer le cœur avec du bois d'aubépine, me décapiter et brûler mes restes. »

Ce que la Renarde aurait fait, elle.

« Pour le reste, tu as raison. J'aurais du te prévenir. »

Il n'avait rien de plus à dire à ce sujet. S'expliquer ? Non. Il n'y tenait pas. C'était de sa faute, complètement, il méritait les accusations.
Quelques secondes lui sont nécessaires pour la suite. Il détourne les yeux, cherchant clairement un moyen d'expliquer la suite. Une, deux, trois secondes filent. Il ne voit pas de manière louable de présenter les choses, optant finalement sur une approche plus... brutale :

« Dans le temple, ce n'était qu'une coïncidence. Tu as trop de connaissances et de capacités. Te laisser dans un piège de ce genre n'aurait pas garanti ta mort. Et je préfère tuer des mes propres mains.» explique-t-il simplement avec une impassibilité froide dans le ton.
Connor n'a jamais vraiment caché qu'il était un tueur implacable, après tout.  Il est à l'image de tous les chasseurs, rien de plus, rien de moins. La chasse donne un certain frisson. Et tuer une proie, quelle qu'elle soit est un objectif à atteindre. Une sorte de petite fierté honteuse et morbide.

« J'avais prévu de te tuer quelques mois avant ça. Durant la traversée en bateau pour rejoindre l'Egypte. Tu m'avais donné toutes les informations nécéssaire et ton corps en mer n'aurait jamais été retrouvée, m'épargnant ainsi les embarras d'une éventuelle enquête. Qui plus est... tu voyageais illégalement, personne n'aurait jamais rien su. »

Toujours la même impassibilité. Il hausse les épaules dégageant brièvement l'un des côtés de son manteau pour dévoiler uniquement le manche de l'un de ses Crocs.

« Le troisième soir du trajet, tu as quitté ta cabine pour prendre l'air. Je t'ai suivi. Je comptais te poignarder dans le dos. Traverser son échine et ton corps d'un coup. Pas de douleur. Une seconde de conscience, tout au plus. Il m'aurait alors suffit de te pousser par dessus bord et le tout aurait été joué. C'est là que j'ai renoncé. »

Son regard vissé dans celui de la sorcière, Connor agite doucement la tête de droite à gauche, signe qu'il ne regrettait pas son choix. Un choix qui était le bon.

« J'ai tué l'homme qui m'a recueilli et qui m'a élevé parce qu'il était devenu fou et incontrôlable. J'ai tué le chasseur qui m'a sauvé la vie quand j'étais tout gamin et sans qui je serai mort à l'heure actuelle, parce qu'il était lui aussi devenu fou. Puis mon mentor par la suite, lui aussi avait perdu l'esprit. Ce n'est pas une confession. Ce sont des faits. Comprends par là que les relations que j'ai avec les gens ne retiennent pas ma lame. Je ne t'ai pas tué parce que tu n'es pas un monstre. Ni un bourreau d'enfants ou quoi que ce soit d'autre. Ce que tu as entendu cette nuit... n'étaient que des attaques visant à te pousser à la faute. Taper vite, et fort là où ça fait mal pour t'amener à faire une erreur. »


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Le Dahlia
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Mar 26 Sep - 17:36

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Un peu d'Enfer



Malgré son état, Connor ne se déroba pas aux attaques d’Evelyn. Elle finirait par s’en vouloir, de l’avoir acculé à cet instant précis, de cette façon… Ce serait pour dans quelques minutes probablement, dès que la colère serait un peu retombée, mais d’ici là, elle était loin de se reprocher quoi que ce soit. Seule l’obnubilait la perspective de s’être laissée abusée de toutes les façons possibles et imaginables… Cependant, d’une façon extrêmement paradoxale, l’image de Connor, mort dans son lit, qui s’imposa à son esprit lorsqu’il évoqua les raisons qui auraient pu voir la Volpe se mêler de leurs affaires, ainsi que le procédé à accomplir le cas échéant, la calma tout de go. Pire, elle blanchit visiblement. Non, elle n’aurait jamais eu le cran de faire ça. Et où diable aurait-elle trouvé un pieu d’aubépine ? Est-ce qu’elle aurait seulement eu l’occasion de… Non, non… Ses paupières s’abaissèrent, son visage se tordant dans une expression de douleur. Jamais elle n’aurait pu lui trancher la tête, comme il le disait. Rien que s’imaginer faire la rendait malade…

Toutefois, c’était vrai. Il aurait dû la prévenir, et cette vérité sonnait avec un glas d’autant plus lugubre aux oreilles d’Evelyn maintenant qu’elle pouvait mesurer, plus ou moins, le caractère abyssal de son ignorance. Si elle ne l’accabla pas oralement, le regard qu’elle posa sur lui en réponse à cette phrase se voulait sans équivoque. S’il l’avait prévenue, qu’il était un chasseur d’une part, mais aussi alertée que ce genre de choses pouvaient arriver, quoi faire le cas échéant, etc, auparavant, ils n’auraient probablement pas cette conversation à cet instant. Alors, certes, beaucoup de ces choses devaient être des secrets que se transmettaient les chasseurs entre eux, et Evelyn n’avait pas la moindre envie d’être au fait de tous leurs trucs… Seulement, savoir quoi faire dans ce genre de situation lui aurait été salutaire, et encore plus à Connor. Il avait été négligeant, et secret. Les raisons de cette réserve, elle les comprenait aisément, mais ne pouvait s’empêcher de les déplorer. Ici et maintenant, les conséquences n’en avaient pas été trop catastrophiques. Mais elles auraient pu. Elles auraient pu.

Quant vint le tour des révélations concernant leur relation… Le visage d’Evelyn s’assombrit. Elle ne douta pas un seul instant qu’il disait la vérité. Ça lui semblait beaucoup trop détaillé, beaucoup trop calculé, pour être inventé dans l’immédiat. Qui plus est, elle se souvenait de ce soir-là. Le premier qu’elle s’autorisait une sortie à visage découvert avant que le soleil n’ait été tout à fait tombé, s’estimant relativement certaine de ne pas être reconnue, aussi loin de Londres. Elle s’était appuyée contre le garde-fou pour voir la mer méditerranée. La dernière fois qu’elle l’avait traversée dans ce sens, c’était en première d’un bateau de croisière, loué par la Loge pour la dernière des expéditions auxquelles son père participerait. Ce souvenir l’avait plongée dans un état de mélancolie, de nostalgie, qui l’avait rendu vulnérable, à plus d’un titre… Elle se sentait d’une bêtise folle, maintenant, d’apprendre qu’une heure avant que ne s’engage une conversation entre Connor et elle à ce sujet, il avait failli la supprimer… Un goût d’amertume s’installa dans sa bouche, mais, cette fois-ci, elle ne pouvait lui en tenir rigueur. Chacun son rôle, avec son lot de décisions difficiles, et celui des chasseurs était au moins aussi piégeux que celui des sorciers de la Loge de Pandore… Elle préféra ne rien répondre à ce sujet, n’ayant pas la moindre envie de s’épancher, par pudeur autant que par fierté.

Dans le silence, elle écouta la dernière tirade, réfléchissant en même temps que Connor, se retirant avec une facilité étroitement liée à son sens de l’abnégation, de l’équation. Sans sa bouche, le goût amer s’intensifia. « C’est un schéma… » répondit-elle, la voix rendue blanche par l’inquiétude qui venait de chasser la colère aussi simplement qu’une bougie à nue se laissait souffler. « Tu finiras probablement par perdre la raison, toi aussi… » L’œillade qu’elle lui lança trahissait l’ampleur de sa crainte. « Il faut que tu m’expliques… » commença-t-elle à bredouiller, le cerveau bien trop vif pour une bouche aussi peu habituée à communiquer. Se rendant compte qu’elle ne parviendrait jamais à verbaliser la quantité de choses qui lui passaient par la tête à cet instant, elle se mit à secouer la tête en signe de négation, frappée par un éclair de lucidité quand son œil avisa le teint particulièrement laiteux de l’homme fait. « Pas maintenant. » reprit-elle calmement, en se retournant vers la porte pour la déverrouiller, et l’ouvrir devant Connor, lui cédant ainsi le passage vers le couloir. « Si tu bois, l’alcool te montera beaucoup plus vite à la tête. Fais attention. » Elle lui jeta un nouveau regard entendu, et répéta. « Trois gouttes, trois fois par jour, pendant trois jours ?… »







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Le Cerbère
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Mer 27 Sep - 15:17

Un schéma ? Oui, si on veut. La vérité qui suit, si effrayante soit-elle semble ricocher sur lui avec une facilité déconcertante. Le Cerbère est parfaitement au courant des risques qu'il encourt. Il le sait depuis qu'il est gamin. On lui a répété soir après soir quand on lui a fait prendre pour la première fois les décoctions de sang de monstres pour habituer son corps à profiter de certains effets et à résister à d'autres. On lui a expliqué l'addiction et les risques de la privation. De fait, il doit même se retenir d'ajouter quelques mots de plus.

Perdre la raison... ou mourir. Parce que la vie d'un Chasseur est souvent courte. On a beaucoup devenir une véritable machine à tuer, cet état ne dure jamais bien longtemps. Tout chasseur qu'il est, Connor reste humain. Mortel. Fragile à sa manière. Un soir arrivera la blessure de trop. Celle qui l'empêchera de trouver un moyen de se soigner. Un mortel qui tente le diable aussi souvent ne peut pas aspirer à une vie longue. C'est comme ça. Mais c'est la voie qu'il a choisi et l'humanité a besoin de ce genre de chair à canon. Soyons réaliste : Connor est plus ou moins mort à Beckham Hill.

« Que je t'explique ? »

Le Chasseur reste à l'observer un petit instant avant de rejeter les épaules à ses conseils. Inutile de préciser qu'il ne comptait pas consommer d'alcool, mais bien de profiter d'un repas matinal servi ici.

« Tu devrais dormir. À ton réveil, je serai là et je t'expliquerai ce que tu veux que je t'explique » répond-t-il simplement. Et pour éviter qu'elle ne le martèle une fois encore avec cette histoire de potion à prendre il répète ces quelques mots en ouvrant la porte.
« Trois gouttes, trois fois, pendant trois jours. »

D'un geste, il noue son foulard carmin autour de son coup, débordant sur son visage. De l'autre, il écrase son vieux chapeau sur le sommet de son crane masquant ainsi par l'ombre et le tissu les traits de son visage. Le Cerbère ne tenait pas à ce qu'on le voit si pâle. Les Chasseurs se doivent de demeurer des légendes aux yeux de ceux qui les voient. Des rocs invincibles. Dans la salle, des sorciers seront là. Des gens qui savent qu'il est le Chien de l'Enfer et qui risqueraient de se sentir pousser des ailes en le voyant mal en point et peu vaillant. Pour faire demeurer la peur, il faut toujours sauvegarder les apparences.
Plantant ses bottes devant le comptoir, il fixe le gérant, occupé à frotter à l'aide d'un chiffon en surveillant du coin de l'oeil les activités dans la pièce. Connor étale quelques pièces, les pousse vers le colosse Irlandais et se contente de grommeler quelques mots.

De quoi manger. De quoi se rincer sa glotte, et ce pour deux personnes. Pas un mot de plus. Aedan est du genre curieux quand on le lance. Et Connor n'avait clairement pas la tête à passer un interrogatoire de plus.
La renarde le scrute d'un air moqueur quand il passe devant elle, relevant de la pointe d'une dague la visière de son couvre chef, elle hume l'air avec un air mauvais, comme si elle avait compris. Un regard amusé du Cerbère coule sur elle, avant qu'il n'atteigne sa place habituelle dans le coin à l'opposé de l'entrée.

Le service n'est pas bien long. Une omelette baveuse sur un tas de haricots blanc accompagné de deux morceaux de lard trop cuits. Ça fera largement l'affaire.
Sitôt prêt à manger qu'une silhouette de petite taille se faufile jusqu'à sa table, pour s'asseoir devant lui. Il arque un sourcil, et ignore le temps d'une grosse bouchée, les grands yeux de Leo qui paraît anormalement sérieuse.

« Quoi ? »

Pas de réponse.

« QUOI ? »

Elle tique un peu, et finit par hausser les épaules.

« Tu devrais être mort. » explique-t-elle simplement.  

« Et toi tu devrais être en bure noire à chanter des cantiques à la con sur un sauveur cloué à une foutue croix... » Comme quoi, la vie offre parfois des revirements de situations parfaitement inattendus...
L'humeur du Cerbère n'a pas l'air d'inquiéter la gamine qui se contente de s'installer un peu plus convenablement et de se servir directement dans l'assiette du Chasseur afin de manger elle aussi. C'est dans le silence que se conclue ce repas. Le Gallois restera tout de même une bonne heure de plus dans la salle avant de daigner remonter. Il avait dit qu'il le ferait, après tout.
Il se contente de se glisser à nouveau à l'intérieur de la chambre, s'installant à la place où s'était trouvée Evelyn une bonne partie de la nuit en attendant qu'elle n'émerge. Que ce soit long, ou d'ici quelques heures, il avait le temps de toute manière.


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Le Dahlia
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Jeu 28 Sep - 12:01

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Un peu d'Enfer



Sans rien ajouter de plus, la sorcière laissa partir le chasseur diminué, et referma la porte derrière lui. Preuve qu’il avait raison, et qu’elle devait dormir, elle bailla. Cependant, elle avait plus important à faire. Ne disposant pas d’un stock de potions illimité, elle devait se presser de remplacer ce qu’elle avait utilisé dans le courant de la nuit, à commencer par la plus fastidieuse de toutes… Le fortifiant sanguin qu’elle venait de remettre à Connor. Aussi, sitôt la porte fermée, la sorcière se frotta les mains pour les réchauffer et se mit au travail. Allant tirer de l’une de ses malles un gros bocal de terre, elle le vida dans un coin de sa chambre et l’humidifia avec un peu d’eau de pluie, ressource dont Londres disposait en abondance. Ce préparatif, risible mais nécessaire, effectué, son véritable travail commença. Puisant dans sa magie, elle fit jaillir de ce monticule des pieds de vigne rouge qui s’accrochèrent, en poussant, à tout ce qu’ils trouvèrent sur leur chemin. Poutres, chaise… Dociles, les plantes suivirent le mouvement ascendant de la main d’Evelyn, autour de laquelle naquit en même temps un parterre de fleurs des champs, jusqu’à ce qu’elle se stoppe, une fois que du raisin se mit à pendre des vignes. Sitôt la magie interrompue, le parterre se mit à péricliter à une vitesse défiant l’imagination, abandonnant en l’espace de quelques secondes seulement la sorcière au milieu d’un cercle d’humus. Les épaules basses, elle s’empara d’un balai et repoussa cet engrais naturel vers le pied de la vigne, elle, intacte.

Séparément, dans des bocaux individuels, elle fit également pousser un peu de bardane et de l’hysope, puis tira de ses réserves personnelles un peu de sureau, ainsi que les fioles de taille beaucoup plus modestes qui contenaient les réactifs alchimiques nécessaires à la préparation de ses potions. Dans le processus, elle savait qu’elle devrait allumer un feu, très petit, sous l’un de ses alambiques pour faire décanter ses préparations, et rien que cette pensée suffit à lui donner des sueurs froides… Avec un peu de chance, peut-être que Connor accepterait de le lui allumer, et de rester à côté à sa place ? Il ne fallait pas trop espérer, et pourtant, Evelyn ne pouvait faire autrement que de se sentir soulagée en s’imaginant qu’il accepterait. Toutefois, elle n’en était pas encore là, et se focalisa d’abord sur ce qui était à sa portée. Délicatement, elle cueillit toutes les feuilles, tiges ou racines, dont elle avait besoin et mit le tout dans son mortier pour, grignotant le raisin qu’elle venait de faire pousser au passage, réduire le tout en poussière avec un pilon, ajoutant à la mixture en formation les pépins des raisins au fur et à mesure.

Obtenir une pâte sans grumeaux lui prit un bon moment. Quand le résultat lui convint, elle couvrit le mortier d’un linge humide et rangea ce dont elle n’aurait plus besoin, pour y voir plus clair. Il fallait maintenant attendre que la pâte repose, transformation relativement simple mais qui, si dénuée de difficulté, requérait cependant une attention assidue, car si on n’y prenait pas garde, elle se solidifierait et tout serait à refaire. Cependant, avant d’en arriver là, Evelyn avait devant elle quelques heures, qu’elle devait mettre à profit pour dormir un peu, enfin. Une fois, donc, que tout fut plus ou moins rangé, la sorcière s’étira, faisant craquer ses vertèbres, et se traîna d’un pas las vers son lit… S’arrêtant en voyant les draps imbibés de sang. Elle ferma les yeux et soupira discrètement. La magie ne lui était d’aucune utilité pour ce genre de choses. S’efforçant d’être dynamique, elle enleva ses draps tâchés, qu’elle jeta négligemment près de la porte. Il faudrait qu’elle en demande des frais à Davan, mais dans l’immédiat, elle n’en avait pas le courage. Epuisée, elle se coucha à même le matelas de plumes, épargné par le sang, et se roula en boule sous son châle. Il lui fallut moins d’une minute pour être happée par le sommeil, aussi sûrement que Charybde engloutissait les navires…

Il lui fut impossible de dire, lorsque les brumes du sommeil se dissipèrent, combien de temps elle avait dormi. Tout ce qu’elle espérait, ses yeux tombant sur la haute silhouette de Connor en s’ouvrant, était qu’il n’avait pas attendu trop longtemps. En se frottant les yeux, elle s’assit en tailleur sur son lit, essayant de hâter le retour de ses facultés mentales, engourdies par sa sieste. « Coucou… » meubla-t-elle, la voix encore pleine de sommeil. Elle n’avait pas la moindre envie de reprendre leur discussion, qui avait été éprouvante, elle s’en rendait compte maintenant, à plus d’un titre, bien plus que ce qu’elle n’aurait cru, mais la sagesse, prédominante sur sa volonté, lui intimait que c’était la chose à faire, qu’elle le veuille ou non. Evelyn eut un frisson visible… Elle se sentait comme une notaire sur le point de recueillir le testament d’un mourant.

Son œil retombant sur son bureau, sur lequel trônait le mortier couvert, elle trouva la distraction excellente et s’engouffra dedans comme Alice tombe dans le terrier du lapin blanc. « Tu veux bien m’aider s’il te plaît ? » Quittant le lit, elle s’empressa de disposer le support de son alambic, au centre duquel, sous la place prévue pour la verrerie, se trouvait un minuscule poêlon, sensé accueillir un feu. Elle le lui montra de l’index « S’il te plaît. » et n’ajouta rien de plus. Il comprendrait parfaitement le message. Sa phobie du feu n’avait, après tout, plus le moindre secret pour lui depuis leur trajet en bateau sur la méditerranée. Avant cela, elle était parvenue plus ou moins à brouiller les pistes, mais quand, lors d’un dîner, un employé du navire a voulu rallumer les bougies du chandelier, au centre de leur table (curieusement toutes éteintes, cela n’arrivait jamais a-t-il dit), elle avait si spontanément paniqué qu’elle en était tombée de sa chaise, et crié, chose qui n’arrivait jamais, si fort qu’elle en avait imposé un silence gêné à toute l’assemblée… Il lui était devenu compliqué de maintenir l’illusion… Par la suite, et d’une façon assez paradoxale, elle avait eu plus d’aisance à gérer sa phobie, puisqu’elle n’avait plus à la cacher. Elle n’avait plus à prétendre qu’elle était à l’aise à l’idée de porter des torches, ou plus à mentir sur le comment du pourquoi il fallait au minimum trois mètres d’espace entre leur feu de camp et elle, et ainsi de suite…

Laissant Connor, donc, gérer le feu à sa place, Evelyn ouvrit délicatement son alambic et y transvasa une belle quantité de la pâte contenue dans le mortier, ainsi que deux gouttes de mercure et versa, à priori sans dosage précis, un liquide transparent avec une forte odeur d’alcool, mais inidentifiable, qu’elle laissa à peine ouvert et prit soin de ne pas respirer. Une fois le tout mélangé de façon homogène par très précisément six tours dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, elle s’empressa de refermer l’alambic, avec soin, et le donna à Connor pour qu’il le mette à sa place sur son support. Elle sortit ensuite une petite fiole, vide, identique à celle qu’elle avait donné au chasseur un peu plus tôt, et l’installa précisément en-dessous du bec de l’alambic. Enfin, à l’aide d’une petite molette sur le côté du poêlon, elle régla l’intensité de la flamme. Ceci fait, il n’y avait plus qu’à attendre…

Les bras d’Evelyn s’abaissèrent pour venir pendre mollement le long de son corps. C’en était fini de la distraction. Si elle n’en trouvait pas une autre rapidement, ils devraient aborder le sujet qui fâche… Voyant qu’il lui restait un peu de raisin, elle s’en saisit et le tendit vers Connor. « Tu en veux ? Il est bon. » Du raisin en plein hiver… Le comble du luxe. Il n’y avait pas si longtemps, d’ailleurs, un homme du côté de White Chapel avait tenté de l’acheter avec du raisin… Quelle drôle d’époque…






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Le Cerbère
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Ven 29 Sep - 10:10

Le Chasseur, à mi-chemin entre la somnolence et la méditation écarquille les yeux en entendant le son prononcé par Evelyn qui s'éveillait elle aussi sans être apte à en définir le sens complet. Il cligne des yeux, agite la tête de droite à gauche et reprend ses esprits sitôt qu'il fut à nouveau debout. Une main derrière sa nuque vient forcer un peu ses vertèbres raidies par la posture maintenue et après quelques grincements osseux, il était aussi vaillant que son état pouvait le permettre. Suivant des yeux la magicienne, il cale simplement son épaule contre le mur non loin de là, croisant aussi les bras pour l'observer faire ses petits mélanges.

Inutile de dire que son visage ne transpirait pas la joie en la voyant faire. Il était question de répondre à ses questions, pas la regarder montrer ses compétences d'alchimiste. À ce train, il avait d'ailleurs de quoi l'étonner. Les décoctions de fluide de monstres, il les préparait souvent lui-même. Excepté pour les mélanges les plus complexes. Il laissait cette tâche là aux mains habiles des gérants du vieil Arsenal à deux pas d'ici.
Quand il s'apprête à lui transmettre le fond de sa pensée, elle le coupe avec une simple demande qui le fait arquer un sourcil.

L'aider ?

Comme à chaque fois qu'elle a besoin d'aide pour une tâche aussi simple, Connor a toujours une infime seconde d'étonnement avant de comprendre. Sa peur du feu lui paraît être si furieusement immodérée qu'il n'arrive tout simplement pas à l'assimiler totalement. Les réactions des gens face aux phobies ont toujours eut quelque chose d'étonnant à ses yeux. Probablement parce que de son côté, il a définitivement su museler ses peurs. Il la ressent toujours, la frayeur, mais canalysé et retenue, elle devient une source d'aide plus qu'un handicap. Il la sent souvent, cette étrange panique contenue qui fait trembler ses jambes, battre son cœur si fort que ses veines lui font mal. C'est une arme pour lui. Une malédiction pour elle. Pour ça, il la plaint sincèrement, et il l'envie à la fois.

Sans un mot, il prend place devant le matériel. Deux essais suffisent à faire naître une flamme qui s'intensifie un peu et permet donc de mettre toute cette préparation sous la morsure d'une chaleur visiblement précise à en juger par les gestes et les choix de la brune. Le Cerbère revient se camper à sa position d'origine, bras croisé, épaules ancrée dans le mur, et le regard un peu las visant les bricoles de la jeune femme.
Il reconnaît finalement à la force de la fiole et à la couleur du liquide qui sort finalement, la potion qu'elle lui avait confié.

Il s'apprête à la couper une fois de plus dans Dieu sait quoi d'autre. Elle a envie de s'esquiver à cette conversation, il le sait. Mais il n'a pas envie qu'elle revienne dans le futur lui demander de lui parler, pour s'esquiver à nouveau. Ce sera maintenant. Un point c'est tout. C'est toujours plus sain que de laisser en suspens quelque chose qui pourrait se régler là, de suite. Partant de là, on comprend mieux le regard blasé qu'il coule sur le raisin qu'elle lui propose. Est-ce qu'il a une tête à vouloir manger du raisin ?

« Non Evie. Merci. Je ne suis pas là pour manger des fruits. »

Ou allumer des feus et faire joujoue avec des alambics et dieu sait quoi d'autre.
Il décroise les bras, s'éloigne du mur pour faire quelques pas dans la pièce pour désigner sur le siège sur lequel elle s'était trouvée durant la nuit, et dans lequel il avait passé les quelques dernières heures à attendre qu'elle se réveille de sa sieste parfaitement méritée.

« Tu veux des explications, tu en auras. Mais ne joue pas à gagner du temps et à essayer de t'esquiver. Ce sera aussi désagréable pour toi que pour moi. Mais c'est nécéssaire. »

Probablement parce qu'elle finirait par comprendre aussi pourquoi son accusation sonnait un peu injustement. Tu m'as menti avait-elle dit. Et elle avait raison. Il avait caché des détails sordides. Il avait caché une vie de tueries et de traque pour ne pas l'effrayer. Plus tard, c'est une vie de risques qu'il avait caché, pour lui épargner des inquiétudes. Oui, il lui avait menti. Mais il avait ses raisons.

« Et on ne reviendra plus là dessus une fois fait. »

D'un pas, il se contente de rejoindre le lit sur le bord duquel il s'assoit, plus ou moins face à la chaise désignée un peu plus tôt histoire d'insister pour de bon et ne lui donner aucune option pour se défiler. Elle avait besoin de réponses. Il les lui donnerait.


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Le Dahlia
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Ven 29 Sep - 12:22

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Un peu d'Enfer



Il n’est pas là pour manger des fruits. Non, bien sûr que non il n’était pas là pour ça. Evie le savait parfaitement, puisqu’elle avait elle-même initié cette conversation… Il était là pour la terminer et n’avait pas de temps à perdre… Les épaules de la sorcière s’affaissèrent quelque peu, mais, docile, elle rejoignit la chaise qu’il lui indiqua et s’y assit. Non, cette conversation n’allait pas être plaisante du tout, pour aucun des deux. Elle était sur le point de les embarquer dans les terres de la conjecture « catastrophe », un pays que la sorcière connaissait comme sa poche, parce qu’à son grand dam, elle le visitait tous les jours, et il était fort probable qu’elle ait été l’unique personne à réserver leur aller simple à tous les deux… Il était plus que certain que, sans son impulsion, Connor n’aurait jamais soulevé le sujet lui-même, leur épargnant ce terrible voyage…

Ça n’aurait tenu qu’à elle, elle se serait défilée et aurait repoussé cette conversation à plus tard, mais le chasseur, bien plus dans le présent qu’elle ne l’était, en avait décidé autrement, et c’était heureux. Cette force, tranquille pour ce qu’il lui en montrait, lui servait beaucoup plus souvent qu’elle ne souhaitait l’avouer de point d’ancrage, et à cet instant de sa vie, elle en avait cruellement besoin. Il lui semblait que sans lui, sans ce point fixe dans son horizon, son existence toute entière partirait en toupie, sans lui laisser aucun moyen d’arrêter sa course. Alors elle cessa de jouer, attacha sa ceinture, et ferma la portière, permettant ainsi de démarrer leur déplaisant voyage.

« Ce qu’il s’est passé hier ne peut pas se reproduire, Connor… » Si le départ était doux, les turbulences venaient très vite. « Du moins, pas comme ça. » Il pensait certainement à la façon dont il l’avait traitée… Mais rien n’aurait pu moins l’intéresser que ça, non. La sorcière était déjà bien au-delà de cette considération. « Je dois savoir ce que tu as en ta possession, les effets que c’est sensé avoir, quand est-ce que ça devient critique, à quoi je peux voir que ça devient critique… » C’était beaucoup lui demander… Mais à cet instant, rien ne lui semblait plus important que cela. Ses motivations étaient les plus pures qui puissent être, qui plus était. Elle ne faisait pas cette demande à Connor pour lui subtiliser tous ses secrets de chasseur, dont elle n’avait que faire, ne nourrissant pas la moindre ambition d’embrasser ce genre de carrière, mais bel et bien pour savoir à quel danger Connor, elle-même, et les clients du pub accessoirement, surtout eux, étaient exposés quand l’homme n’en était plus un, mais un monstre… Il fallait qu’elle sache quel genre de monstre il pouvait devenir, quelles seraient ses aptitudes, ce qu’elle pouvait redouter ou pas, et comment le maîtriser, le cas échéant… Pas pour elle, non. Pour Davan. Pour Aedan. Pour Connor…

Son aspiration lui semblait rationnelle et cohérente, mais Evelyn craignait, raison pour laquelle elle avait si maladroitement lutté pour repousser l’inéluctable discussion, que sa demande ne fasse fuir le chasseur. Trop pudique pour l’avouer tout de go, elle tenta malgré tout maladroitement de faire passer cette idée. « Hier, tu as menacé de t’en prendre aux clients, à Davan… J’ignorais si tu serais capable de briser tes chaînes, par exemple. Je me suis résolue à te droguer, mais je ne savais pas si tu serais sensible au sédatif… » Ce qu’elle voulait ainsi lui faire comprendre, était le caractère abyssal de son ignorance, et toutes les conséquences qui en découlaient. « Je préfère être la personne vers qui tu te tournes quand tu en as besoin, si ça doit arriver, ce n’est pas la question… » préfère-t-elle préciser, craignant qu’il ne prenne ses remarques comme la trahison de la pensée qu’il était une tâche trop pénible, qu’elle ne souhaitait pas endosser, ce qui n’était pas le cas. « … mais j’aimerai que tu me donnes les armes adéquates pour réagir en conséquence… Pour toi, et pour eux… » D’un mouvement de la tête, elle lui désigna la porte de sa chambre, lui signifiant ainsi qu’elle parlait de toutes les personnes à l’extérieur de la pièce. « Il faut que je comprenne les tenants et aboutissants… Tu comprends ? » Elle était certaine qu’il comprendrait ses raisons… Est-ce que ça lui semblerait raisonnable, cependant ? Il se pouvait que non. Il se pouvait qu’il refuse. Après tout, même avec toutes les meilleures raisons du monde, il y avait certains secrets de la Loge qu’elle ne pourrait jamais partager avec lui. Le même genre de connaissances devaient exister chez les chasseurs, non ?







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Le Cerbère
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MessageSujet: Re: Un peu d'enfer   Mer 11 Oct - 10:07

Le Cerbère écoute l'affirmation de la brune avec une moue pensive. C'est évident que ce qui s'était passé dans la soirée n'avait pas à se reproduire. Il n'y tenait pas du tout. Parce que pour en arriver à ce genre d'extrême, il fallait une blessure grave et une consommation abusive de sang. Une fois ? Ça lui avait suffit. Autant, jouer avec le feu ne l'a jamais vraiment déranger. Mais Connor sait qu'il avait défié les statistiques hier soir. Alors non, effectivement ça ne pouvait pas se reproduire. Il ne devait plus être blessé aussi sévèrement. Il ne devait plus consommer une dose pareille de sang. Et bien que ce n'était étrangement pas ce qui turlupinait la sorcière, il ne pouvait pas non plus se permettre de se retrouver dans un état où il était aussi mauvais et monstrueux à son encontre. Elle ne méritait clairement pas ça.
Il écoute l'ensemble de son petit laïus. Oh il comprenait parfaitement la logique de ses questions. Mais hélàs, il ne pouvait pas y répondre favorablement. Son regard glisse vers ses pieds, et se crispe dans une moue songeuse avant qu'il ne revienne affronter les mirettes d'Evelyn en secouant lentement la tête de manière négative.

« C'est impossible ça, Evelyn. »

Impossible, oui.

« Je ne peux pas te dire quoi que ce soit à ce sujet. Ce que j'ai en ma possession. Les résultats en fonction des dosages. Je ne peux pas. »

C'était parfaitement ça. Il n'en avait pas le pouvoir. S'il le voulait ? Ça oui. Il aurait aimé pouvoir lui donner une réponse pratique et précise. Mais ce qu'elle lui demandait ici se résumait à lister des substances improbables et d'être en mesure d'en énumérer les effets en fonction de la quantité de la prise et surtout. Dans un sens, il reconnaissait bien là l'alchimiste en elle. C'est une science magique mais parfaitement cadrée. Si surprise il y a, c'est souvent à cause d'une erreur. Jouer avec le sang des monstres, ça... c'est autre chose.

« C'est assez imprévisible, en fait. Tout ne fonctionnera pas exactement de la même manière d'un jour à l'autre, ou d'une personne à l'autre, même. »

La laisserait-il dans un flou artistique total ? Non. Il comptait bien mettre un peu de bonne volonté pour lui laisser entrevoir les bases connues. Lui permettre d'imaginer les possibilités de base. Mais dans l'ensemble, elle allait devoir faire face à l’imprévisibilité des effets. Et improviser.

« Les Chasseurs... » Et par là il voulait dire ceux qui ont suivi un entraînement rigoureux comme le sien, pas les gens qui s'improvisent tueurs de monstres du jour au lendemain « … ont très vite compris l'intérêt et la puissance du sang. C'est un catalyseur à la puissance d'un être. C'est probablement pour cette raison que la malédiction des vampires les pousse à devoir en boire. Dans le sang, on trouve tout. Le sang humain est parfaitement commun, mais le sang des monstres lui, est différent. Le consommer permet de s'approprier une partie des capacités de la créature. Plus la dose est importante, plus les effets sont marqués. Idem pour les pulsions, et l'instinct de la créature. À petite dose, notre instinct humain permet de rester conscient de ce qu'on fait. À forte dose... »

Inutile de lui faire un dessin. Après avoir avalé autant de sang de vampire, il avait été odieux et prêt à tout pour être détaché afin de se lancer dans ce qui aurait été un bain de sang effroyable.

« On commence à en prendre quand on est gosse. Ça et des poisons aussi, afin de s'y habituer. On permet au corps d'apprendre à lutter contre ses substances, à obtenir les effets bénéfiques du sang, mais à savoir aussi contenir les effets comportementaux. »

Pour le poison, l'idée est différente. S'empoisonner soi-même et se laisser mordre est parfois une solution payante. Principalement pour lutter contre les vampires supérieurs par exemple.

« Le fait est que l'emprise du sang sur nous est difficilement prévisible. Ce n'est pas simplement physiologique. C'est aussi spirituel. Mon corps lutte contre les effets du sang, mais mon esprit aussi. Et chaque sang est différent, parce qu'il dépend aussi de la puissance de la créature. Deux vampires n'auront pas systématiquement un sang aussi agressif. Mon propre moral et ma propre forme influent aussi sur le résultat final. Alors non... je ne peux pas t'indiquer clairement comment contrer quoi. »

De manière générale, le contenir quelque part et/ou l'attacher reste l'option la plus viable. Chercher à le vaincre serait suicidaire. Un chasseur qui se contrôle est déjà dangereux. Un chasseur qui n'a plus aucune limite ? L'idée même d'imaginer les dégâts qu'il pourrait causer pourrait faire frissonner de terreur.

« La seule chose que je peux te dire, c'est qu'effectivement, prendre ces décoctions est dangereux. On y met en jeu sa santé mentale à chaque prise. Et on y est tous parfaitement accro. Tout est question de gestion, et de modération. Et c'est la seule chose capable de rivaliser avec les monstres. »

Quitte à finir par en devenir un soi-même.


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